Mirage d’élégance et de finesse au Parc de Florans avec Nelson Goerner

L’art de la légèretéVu par Zibeline

Mirage d’élégance et de finesse au Parc de Florans avec Nelson Goerner - Zibeline

Curieusement l’Orchestre Sinfonia Varsovia prit en début de concert des grâces de pachyderme, oubliant la verve des œuvres à interpréter, pour en livrer une version, certes plus qu’honorable, mais dépourvue de l’enthousiasme auquel elles auraient pu prétendre. Magie de la radio ? La seconde partie du concert, retransmise sur France Musique connaissait un regain d’énergie et l’orchestre aborda (enfin !) les partitions avec plus d’allant, sous la houlette de Lio Kuokman, direction précise, intelligente, enlevée. Mozart était servi avec bonheur dans son Ouverture de Don Juan, où la forme sonate et le figuralisme se conjuguent, alors que la Symphonie n° 35 en ré majeur K. 385 dite Haffner manquait de la vivacité joyeuse et des nuances mélancoliques attendues, d’une sérénade. Le piano de Nelson Goerner offrait les bonheurs de la légèreté, abordant le Concerto n° 1 en mi mineur op. 11 de Frédéric Chopin avec une subtile virtuosité qui faisait oublier les performances techniques pour laisser entendre les variations sensibles des mouvements de l’âme. Originalité de la numérotation des œuvres, le Concerto pour piano n° 1 a été composé après le n° 2, et joué de même quelques mois plus tard (11 octobre 1830 pour le n° 1, concert d’adieu donné à Varsovie, et 17 mars  1830 pour le suivant/précédent) mais fut édité avant, en 1833, car sans doute estimé plus aisé à jouer par les musiciens amateurs que l’autre concerto (finalement édité en 1836). La fluide vélocité, la précision colorée du jeu aérien du pianiste sait rendre la douceur, les emportements, les revirements délicats avec une extrême finesse. Dédicace à une comtesse, Delphine Potocka, souvenir d’un amour idéal pour une jeune chanteuse… La palette amoureuse effleure les touches, dessine un univers où l’absolu devient tangible…

En bis, Nelson Goerner présentait le Nocturne posthume n° 20 que Chopin avait composé pour sa sœur Ludwika Chopin, « exercice avant de commencer l’étude de mon second Concerto ». Tempo lent, délicatement ciselé, instant onirique pailleté de cette pièce Lento con gran espressione, baptisée Reminiscence. Le concert se refermait sur l’époustouflante prouesse de l’Étude pour la main gauche op. 36 de Blumenfeld : une seule main sur le clavier ? Fermez les yeux, vous en entendez bien davantage ! Éclatante magie !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2017

Concert donné le 12 août, Parc de Florans, dans le cadre du Festival international de piano de la Roque d’Anthéron.

Photographie © Christophe Gremiot