« French exit » de Patrick deWitt, régal d’humour paru aux Éditions Actes Sud

L’art de la CodaLu par Zibeline

« French exit » de Patrick deWitt, régal d’humour paru aux Éditions Actes Sud - Zibeline

« Troisième et dernière partie d’un morceau de musique ou d’un pas de deux », suggère le pense-bête glissé par son subalterne au capitaine du bateau de croisière transatlantique qui emporte Frances, une veuve américaine fantasque et ruinée, vers la France et Paris où elle a décidé de s’installer pour fuir les créanciers et renouer avec la ville qu’elle aime en compagnie de son fils, Malcom.

Entre alcool et réminiscences loufoques et tragiques, le dernier roman de Patrick deWitt, French exit, sous-titré « Une tragédie de mœurs », tient des parcours enivrés d’un Henry Miller et de la déliquescente ivresse de Gatsby le magnifique. Les êtres se croisent de manière improbable, le luxe qui les entoure ne fait que souligner davantage la vacuité de leur univers. On voyage en première classe, on vit dans des hôtels haut de gamme, mais on les quitte à la cloche de bois, on embarque pour un ailleurs dans une métaphore réalisée de l’éculé « larguer les amarres ». Le chat, Small Frank, une possible réincarnation du milliardaire mari de Frances, un avocat à la réputation sulfureuse, suit, maussade et un brin suicidaire, l’itinéraire fantasque de sa femme et de son fils. Ce dernier est le « raté » par excellence, il n’arrive pas à choisir entre sa mère et sa petite amie, Suzanne, « tombée accidentellement amoureuse » de lui. D’ailleurs elle le voit au départ comme « un animal de compagnie exotique, un antidote temporaire aux crises de cafard postuniversitaire »…

Le temporaire est l’une des nombreuses clés du roman, avec ses protagonistes en éternelle fuite d’eux-mêmes, de leurs responsabilités, jusqu’à la perte ultime. Seuls comptent le décor choisi, les mots qui blessent, un détachement désabusé de toute contrainte, une vision hautaine de l’existence, trop futile sans doute pour la considérer. Débarquent autour d’eux des personnages excentriques, truculents, hors du monde, madame Reynard, une expatriée américaine à Paris, une voyante rencontrée sur le bateau… En miroir, des immigrés squattent le jardin public en face de l’appartement parisien : alcool, manque de sens, à l’instar de nos « privilégiés »… C’est drôle, enlevé, rapide, truculent, un régal d’humour bienvenu !

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2021

French exit
Patrick deWitt,
traduit de l’américain par Emmanuelle et Philippe Aronson
Éditions Actes Sud, 22 €