Vu par ZibelineÉric Baudelaire au Crac de Sète

L’art de Faire avec

• 9 novembre 2019⇒2 février 2020 •
Éric Baudelaire au Crac de Sète  - Zibeline

Le Crac de Sète accueille le lauréat du Prix Marcel Duchamp 2019 pour une exposition qu’il revendique collégiale.

« Comme dans un multiplexe ». Éric Baudelaire n’est pas dans le registre de l’ironie lorsqu’il décrit le dispositif de l’exposition présentée dans le haut lieu de l’art contemporain sétois ; avec environ 24 heures d’images filmées à regarder (ses trois longs-métrages, et beaucoup d’autres documents), l’offre de Faire avec est en effet pléthorique, et le manque, la frustration, ou la curiosité de tout ce qu’il reste encore à intégrer font partie de la proposition. « J’aime l’idée qu’on ne voit pas tout d’une traite », continue l’artiste, qui, lorsqu’il évoque son travail de réalisateur précise qu’il « [se] considère comme un cinéaste : mes films ne sont pas des installations vidéo ». Ils ne tournent d’ailleurs pas en boucle, les projections sont planifiées à heures fixes chaque jour. Le titre de cette exposition majeure de l’artiste franco-américain, dont les productions sont connues dans le monde entier, résume sa façon de travailler : avec. Éric Baudelaire ne se place pas en face de ses sujets (personnes ou théoriques), mais à leurs côtés. Il multiplie ainsi les points de vue, jusqu’à regarder et filmer l’environnement tel que l’ont traversé et observé ses protagonistes, reprenant la « théorie du paysage » (fukeiron) initiée par le japonais cinéaste activiste Masao Adachi. Retourner la caméra dans la direction du regard et du passé de ceux qui évoquent leurs souvenirs (L’Anabase de May et Fusako Shigenobu, Masao Adachi et 27 années sans images), pour expliquer, en creux, les actes (politiques, terroristes) : parce que l’infrastructure étatique induit l’oppression, les opinions se forgent et se cristallisent (les actions de l’Armée rouge japonaise).

Trajets de vies

Après ce premier film réalisé en 2011, après les attentats de 2015, la question se pose encore, au présent cette fois-ci. C’est « une réponse d’artiste » qu’il élaborera au Centre Pompidou en 2017 (reprise intégralement à Sète). Après. Avec un film (Also Know As Jihadi), qui retrace le parcours d’Aziz, de sa naissance à Vitry-sur-Seine jusqu’au Tribunal Correctionnel, en passant par la Syrie où il a rejoint le combat djihadiste. Un voyage mental autant que visuel, un abyme où chacun peut se plonger non pas pour mieux « comprendre », mais peut-être pour toucher d’un peu plus près une certaine vérité. Faire avec, pour évoquer Après, c’est aussi une sélection d’œuvres et documents dans les collections du Centre Pompidou, sous la forme d’un alphabet incomplet aux directions aussi multiples qu’évocatrices : Architecture, École, Hypnose, Ô mon pays !, assortie d’un livret (« comme les livrets d’opéra »), qui contextualise et fait partie intégrante de la proposition.
Et c’est avec une classe de collégiens de Saint-Denis qu’Éric Baudelaire a réalisé Un film dramatique (2019) qui a remporté le Prix Duchamp en octobre dernier. Il l’a commencé à la rentrée 2015, juste avant le 13 novembre. Avec les enfants devenus ados, accompagnés de la 6e à la 3e, un commun advient, les protagonistes se filment les uns les autres, l’art se partage autant que les questions à affronter. Ensemble.

ANNA ZISMAN
Novembre 2019

Faire Avec – Éric Baudelaire
jusqu’au 2 février
Centre régional d’art contemporain, Sète
04 67 74 94 37 crac.laregion.fr

Photo : Exposition « Faire avec » Eric Baudelaire. © CRAC OCCITANIE, Sète, 2019. Exposition Après, 2017. Also Know As Jihadi, 2017 (video HD, 101 min). Photographe Marc Domage

Centre Régional d’Art Contemporain
27 Quai Aspirant Herber
34200 Sète
04 67 74 94 37
crac.languedocroussillon.fr