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Vu par Zibeline

L’art contemporain participe de la marchandisation du monde. Ce qui n’a pas de prix, d'Annie Le Brun, chez Stock

L’art comme agent de soumission

L’art contemporain participe de la marchandisation du monde. Ce qui n’a pas de prix, d'Annie Le Brun, chez Stock - Zibeline

Pour Annie Le Brun, la marchandisation du monde passe d’abord par un enlaidissement de celui-ci. Noyés sous une surproduction d’images, nous évoluons dans une civilisation du déchet qui modifie notre sensibilité. La hideur généralisée est l’arme d’une guerre sans frontières menée pour nous soumettre au totalitarisme marchand. Déjà, William Morris dès 1883 avait dénoncé cette guerre née de la Révolution industrielle, dont le but était de désensibiliser les individus afin d’obtenir leur servitude volontaire.

L’art contemporain (du moins celui dont les liens étroits avec la finance l’exposent dans des lieux prestigieux et dans la presse people) participe à cette guerre. Annie Le Brun dénonçait déjà dans son ouvrage Du trop de réalité paru en 2000 la collusion sans précédent entre art et pouvoir. Elle le confirme aujourd’hui avec des artistes comme Jeff Koons ou Damien Hirst, dont la complicité avec le monde de la finance et l’industrie du luxe n’est plus à démontrer. Soyons clairs : cette récupération par les marchés financiers n’a rien à voir avec le mécénat car il existe une possibilité d’interchangeabilité entre la chose prétendue artistique et la marchandise.

Pour traduire cette grande entreprise de sidération, et par là même de désensibilisation, qui a cours dans le monde entier, Annie Le Brun emploie l’expression réalisme globaliste qui n’est pas sans rappeler le réalisme soviétique, mouvement artistique dont le but était alors de soumettre les esprits à la dictature socialiste. Aujourd’hui, c’est le totalitarisme marchand qui nous manipule et capte notre attention pour son propre intérêt. Pour Annie Le Brun, le seul moyen de s’y soustraire ne peut être qu’individuel : il faut fuir ce présent sans présence en empruntant « …les chemins de traverse (…) quand on veut bien prendre le risque de ne pas se tenir aux côtés des vainqueurs. Mieux, de s’en tenir au plus loin. »

CAROLINE GERARD
Juillet 2018

Ce qui n’a pas de prix
Annie Le Brun
Stock, 17 €