Vu par ZibelineLe jour le plus court aux Variétés

L’appel du large

Le jour le plus court aux Variétés - Zibeline

Dans la longue nuit du solstice d’hiver, partout en France, c’est Le Jour le Plus Court.

À Marseille, Films Femmes Méditerranée  et les Variétés avaient  choisi de nous faire entendre la mer des femmes à travers cinq films dont trois ont ramené le spectateur marseillais à la proximité de ses lieux familiers, distancés ou sublimés par le noir et blanc et les partis-pris des cinéastes.

Pour le film de Bania Medjbar Quand le vent tisse les fleurs, ce sont les HLM aux façades médaillées de paraboles, festonnées de tapis et de linge à sécher, les collines du Rove en promontoire sur la rade, entre ballast du chemin de fer et garrigue, les Puces de la Madrague et le port. La réalisatrice a raconté le parcours atypique de ce court-métrage, tourné avec trois euros six sous, libre et généreux comme tout le cinéma de Bania. Où on rencontre des personnages en situation précaire animés d’une énergie et d’une soif de bonheur communicatives. Où un matelas transporté dans la colline pour le dos de sa «princesse» vaut mieux que tous les discours amoureux. Où un thème éculé comme celui de la «brute» au grand cœur, apprivoisée par l’amour redevient original.

Pour Marseille, fascinant poème visuel des centaures de la Campagne Pastré : Camille Galle et Manolo Bez, c’est le Port autonome que le public a retrouvé, transformé en un désert mythique à la lisière des mondes : verticalité des grues tutélaires, du corps de la femme-centaure, une valise à la main, droite sur le cheval qui la prolonge, opacité des coques vertigineuses des bateaux, labyrinthes inventés par la masse des contenairs sur les quais, la digue du large en ligne de fuite, un pont mobile qui brise l’horizontale et interrompt une poursuite de centaures au galop.

Dans Pour la nuit d’Isabelle Boni-Claverie, c’est Marseille by night qu’on reconnaît dans l’ombre. La ville traversée par Muriel, jeune métisse entre deux enterrements, celui de sa mère et celui de la vie de garçon de Sami. Rencontre amoureuse de hasard, sans lendemain autre que l’acceptation du deuil et de la vie qui continue pour la belle héroïne. Caméra près des corps, des visages, musique de Raphaël Imbert jusqu’au petit matin. Beaucoup d’ «effets» formels pour peu d’émotion.

Loin de Phocée, vivifiant et iodé, Le Marin masqué de Sophie Letourneur a fait retrouver le sourire à tous. Irrésistible équipée à Quimper de deux trentenaires à la recherche de l’ancien amour de la première. Comme si Godard ou Rozier s’étaient essayé au roman-photo avec, petit plus, un esprit «filles entre elles»: histoires de «mecs», de couples qui se font et se défont, petites cruautés entre copines. Une bande-son virtuose qui joue sur les décalages entre un dialogue d’une rare justesse, suivi ou devancé par les voix off qui commentent l’aventure au passé.

La sélection s’est achevée en couleur avec Zorha à la plage de Catherine Bernstein et le rire éclatant de cette employée de maison algérienne de 50 ans, qui découvre le plaisir sans tabou de l’eau et du soleil sur la peau nue. Une soirée légère au seuil de l’hiver, à écouter les femmes parler de liberté et de lien, de fusion et de distance. L’appel du large !

ÉLISE PADOVANI

Décembre 2012

Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
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Association Films Femmes Méditerranée
2 rue Henri Barbusse
13001 Marseille
04 91 31 87 80
http://www.films-femmes-med.org/