Le Jardin du large, un essai de Jean-Louis Fabiani sur les photographies de Bernard Plossu

L’appel du largeVu par Zibeline

Le Jardin du large, un essai de Jean-Louis Fabiani sur les photographies de Bernard Plossu - Zibeline

Cela devait s’appeler Mer, simplement. La mer, point de mire des photographies de Bernard Plossu à Barcelone et Tanger, à Shane à Big Sur, le long du littoral varois. Tantôt elle envahit l’espace de la page aussi calme qu’un lac ou bien dévore les dunes, tantôt elle se fond dans le ciel couchant du Bosphore, à Istanbul, ou lèche finement les côtes d’Athènes… La mer comme point d’ancrage ! Pour faire écho aux images minimalistes et dépouillées de Bernard Plossu, il fallait la plus sobre des mises en page. C’est chose faite : la présentation classique et un brin précieuse sert au mieux les regards perdus à l’horizon du photographe. Comme une invitation, silencieuse, univoque, à la contemplation : des mers sans fin, des fenêtres ouvertes sur le large, toujours une échappatoire, une traversée, un au-delà. Même l’essai de Jean-Louis Fabiani, Les Regardeurs de la mer, s’immisce au bout du quai des pages après que l’on a traversé marées et océans, jetées et baies ventées. Et son analyse confirme notre ressenti : «La mer de Bernard Plossu n’a rien de spectaculaire, au sens où il se ferait le comptable de ses excès et de ses emportements (…) L’intensité des petites choses y est remarquablement saisie…» C’est sans nul doute pour cette raison que ces photos nous semblent si familières, si proches de nos propres expériences. Ici pas de paysages «spectaculaires» mais une mer commune à tous, figée dans sa banalité. Dans son intemporalité.

Finalement l’album s’intitule Le Jardin du large. «Ce soir, on discute ferme de possibles titres pour le sujet «la mer» : des dizaines de titres apparaissent ! au bout du compte, c’est la sensation d’un Jardin du large qui me plaît le plus, comme une suite au Jardin de Poussière, au Souvenir de la mer, au Jardin des pierres, au Paysage des Paysages» raconte Bernard Plossu sur le ton de la confidence, avant la dernière page.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Décembre 2014

Le Jardin du large
Photographies Bernard Plossu, essai de Jean-Louis Fabiani
Arnaud Bizalion éditeur, 30 €