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Une rétrospective et une exposition consacrées à Pierre Tal Coat à Aix-En Provence

L’année Tal Coat

• 18 novembre 2017⇒11 mars 2018 •
Une rétrospective et une exposition consacrées à Pierre Tal Coat à Aix-En Provence - Zibeline

Expositions au musée Granet et à la Fondation Saint-John Perse à Aix-en-Provence mais également en France et à l’étranger, rencontres, colloques et publications font revivre « le peintre des peintres ».

Rue Victor Leydet à Aix-en-Provence, puis Château Noir route du Tholonet furent les lieux de vie de Pierre Tal Coat (pseudonyme de Pierre Jacob) entre sa démobilisation en juillet 1940 et son installation près de Limours en 1956 dans la maison de l’artiste Jean Bazaine. Cette période fit l’objet d’une exposition, Les années Provence, à la Galerie d’art Espace 13 en 1996, suivie d’un silence de plus de vingt ans. La rétrospective 1925-1985 au musée Granet et l’exposition à la Fondation Saint-John Perse y remédient heureusement en braquant les projecteurs sur cet artiste né en 1905, admiré par Calder, De Staël, Tzara, Balthus, le philosophe Henri Maldiney, le poète André du Bouchet, et par les auteurs du catalogue « qui éclairent chacun le travail de Tal Coat de la connaissance intime qu’ils peuvent en avoir, de leur réflexion mais aussi de l’amitié qu’ils lui portaient ». Pour Jean-Pascal Léger, spécialiste de Tal Coat, il était important de « faire dialoguer son œuvre picturale avec André du Bouchet à la Fondation Saint-John Perse » car le peintre et le poète œuvrèrent ensemble à la « fabrique » de « livres illustrés » et inventèrent une « langue peinture ». Les ouvrages exposés Sur le pas, Laisses et Sous le linteau en forme de joug témoignent, justement, de la fusion des mots, des dessins et de leurs pensées. Pour Bruno Ely, « le parcours au musée Granet retrace les dimensions si particulières d’une œuvre si particulière méconnue encore du grand public ».

Une œuvre libre et ouverte

Le passage de Tal Coat en terre cézanienne marqua son basculement de la figuration à l’abstraction, mais jamais il ne se laissa enfermer dans une école, un paysage, un style. Toute sa vie il dialogua avec ses contemporains tout en se frayant son propre chemin à force d’un travail acharné du dessin, l’expérience du bronze, la pratique de la peinture sur bois et de l’huile sur toile. Son œuvre prolifique (« Tal Coat vivait dans un océan de tableaux en cours ») se déploie de manière éclairante grâce au commissariat scientifique qui alterne peintures et dessins, dévoile de nombreux inédits, explicite les influences de la préhistoire et du Moyen-âge comme sources de réflexion et d’inspiration. Entre les miniatures Les Sculptures de 1934, les portraits de Giacometti de 1935, de Pablo Picasso de 1936 ou d’André Masson de 1948, et les autoportraits et séries des Sans titre des années 1980-85 marquées par la matérialité de la peinture, des pigments et la diversité des supports et des formats, quel chemin parcouru ! Quelle liberté ! Quitte à payer le prix fort de marchands d’art devenus aveugles et affronter des regards critiques… Déjà dès 1940-45, Tal Coat s’affirmait dans le choix de ses sujets, dans l’usage de la couleur et des blancs, et en 1950-60, il remettait en cause son travail au moment même où les expositions et les ventes assuraient sa notoriété. À la fin de sa vie, à contre-courant toujours, il explorait l’idée d’apparition et de disparition comme motif récurrent jusqu’à incorporer totalement la figure dans la matière. Sa série d’Autoportrait à l’huile célèbre une présence en demi-teinte dont la force vitale nous parvient encore aujourd’hui. À l’instar de la grande toile Bleu surgi de 1974 évoquée par André Masson : « Une vision où la présentation n’a pas lieu, où même le mot apparition semble trop insistant, où seul celui de SURGISSEMENT semble bien être le mot maitre ».

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Décembre 2017

Tal Coat, la liberté farouche de peindre
jusqu’au 11 mars
Musée Granet, Aix-en-Provence

Catalogue coédité par Somogy et Ville d’Aix-en-Provence, 29 €
Textes Bruno Ely, Jean-Pascal Léger, Alain Paire, Georges Salles, Anne de Staël, Daniel Dobbels, Alix Léger et Josef Nadj.

La langue peinture, André du Bouchet et Pierre Tal Coat
Fondation Saint-John Perse, Aix-en-Provence
04 42 91 98 85
fondationsaintjohnperse.fr

Photo : Pierre Tal Coat dans son atelier de Dormont © X-DR.

Toiles : Tête d’Arlequin, 1932 Huile sur toile 17 x 13,7 cm Paris, Musée d’Orsay, Donation Meyer, dépôt au Musée Granet, Aix-en-Provence Photo : Mathieu Rabeau, © ADAGP Paris 2017 et  Pommes et poires, 1944 Huile sur toile 36 x 108 cm Collection particulière, Genève Photo : Benedetti, © ADAGP Paris 2017


Musée Granet
Place Saint Jean de Malte
13100 Aix-en-Provence
04 42 52 88 32
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