Vu par Zibeline

Un lancer de saison espiègle et empli de gaieté au Merlan

Entrez dans la danse !

Un lancer de saison espiègle et empli de gaieté au Merlan - Zibeline

Le fil d’Ariane, celui qui nous relie à l’Autre, posé comme boussole par Francesca Poloniato, s’est incarné dans la gaieté et l’amitié en cette belle soirée du 22 septembre. Les fils tissés entre les artistes de la « famille » sont palpables. Ainsi que ceux avec le public, fidèle au rendez-vous, curieux et enthousiaste.

Le plateau est ouvert aux artistes de la Bande et à ceux de la Ruche, qui ont eu carte blanche pour présenter la création d’un autre artiste. C’est une joyeuse partie de ping-pong dans laquelle le micro circule ainsi que les corps et les formes proposées, variées et stimulantes, révélant souvent la poésie plurielle du lieu, son entrelacs d’univers imaginaires. Ponctué par la présence en fil conducteur de la directrice, accompagnée de Laure-Marie Rollin (secrétaire générale), la première partie de soirée est ainsi foisonnante. Avec chaleur et tendresse, les présentations indirectes des créations proposées cette année au Merlan gomment l’aspect « promotionnel » et dynamisent un exercice délicat visant à susciter le désir futur du spectateur. Ce qui est mis en avant ici, derrière les nécessaires informations à promulguer, c’est la complicité entre les artistes, entre la scène nationale et ses « protégés », entre les spectateurs. Les regards croisés, les facéties, l’inventivité personnelle de chacun mettent l’eau à la bouche d’un public attentif.

Tout en jouant le jeu de l’annonce publique de saison, la joyeuse famille déjoue et détricote l’esprit bonimenteur du moment. Derrière le discours sur l’autre artiste se lit le lien tissé avec lui et, en creux, le discours sur sa propre création, sa propre recherche. Car, à travers la manière d’évoquer la proposition artistique de l’autre les dix artistes accompagnés ont su présenter leur esthétique, affirmer leur tonalité, leur couleur. Les formes choisies sont variées : films, danse, textes lus/déclamés/chuchotés/chantés aussi. Dans une belle fragilité assumée et revendiquée notamment par Mickaël Phelippeau, présentant avec humour la création de Fred Nevché, dB [DECIBEL], lui-même, par un heureux hasard s’étant transformé peu auparavant en M. Phelippeau. Le duo en clin d’œil installe un discours décalé pince-sans-rire, une distance amusée.

On rira aussi du beau texte de Céline Schnepf annonçant à sa façon les couches épidermiques du spectacle Sous la peau de Nathalie Pernette (et celles des habitants de la grande maison qu’est le Merlan…). Cette danseuse-chorégraphe nous émerveillera par sa présentation féérique et mystérieuse, théâtralisée et dansée des Bijoux de Pacotille de Pauline Bureau, découvrant avec émotion l’annonce de son propre spectacle. Edith Ansellem, quant à elle, préfère s’extraire du plateau et proposer un film touchant et poétique. Questionnant ses compagnons de route, les artistes et participant à sa création à venir, elle amène avec délicatesse et humour les thèmes de l’amour, de la mort, du fantasme qui seront le matériau premier de la création Stimmlos d’Arthur Perole. De même François Cervantes choisira avec pertinence de laisser la scène vide, noire et sombre pour présenter avec humour, en voix off, l’infini des interrogations que soulève le conte du Petit Chaperon Rouge, support de la création d’E. Ansellem, J’ai peur quand la nuit sombre. Enfin, Romain Bertet, récemment accueilli dans La Ruche, manifeste son esprit clownesque et dansant pour aborder la création de Georges Appaix Vers un protocole de conversation ?

C’est dans la danse, le chant et le rire que se poursuit la soirée grâce à l’insolence provocatrice et irrésistible de Thomas Lebrun et ses soirées What you want ?… Le dispositif est simple et ludique : cinq danseur(e)s, 31 titres de chansons (des années 40 à nos jours), le public choisit son ou ses danseur(e)s et une musique. La magie de l’improvisation opère alors… Animée par Thomas Lebrun, directeur du Centre Chorégraphique National de tours, la soirée d’improvisations clôt en beauté ce « lancer de saison » généreux et amical. Jouant et se jouant des normes, le chorégraphe et danseur endosse le rôle d’amuseur public et interpelle, vocifère, malmène les spectateurs pour les inviter à devenir les créateurs du show qui se déroule sur scène et dans les gradins. À tour de rôle les interprètes seront choisis. Léa Scher ouvre le bal avec Back to Black d’Amy Winehouse dans un beau solo aux accents émouvants. Enchaîne ensuite Matthieu Patarozzi (tout en retenue pour Lullaby de The Cure). Puis, Yohann Têté, Anthony Cazaux et Thomas Lebrun relèvent en beauté le défi. Il est mort le soleil de Nicoletta résonnera longtemps à nos oreilles avec en nous le souvenir joyeux de T. Lebrun, burlesque et tragique. Chaque artiste déploie sa gestuelle et sa sensibilité pour le bonheur de toutes et tous. Les danseurs de la Ruche seront conviés avant que le public lui-même n’envahisse le plateau pour une chorégraphie collective vivifiante. La promesse du partage et de la générosité est tenue.

DELPHINE DIEU
Septembre 2017

La soirée Lancer de saison et What you want ? s’est déroulée au Merlan, Marseille, le 22 septembre

Photographie : Les soirées What you want © Frédéric Iovino


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/