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Vu par Zibeline

Retour à six mains sur le week-end de clôture de MP2018

L’amour, c’est fini

Retour à six mains sur le week-end de clôture de MP2018 - Zibeline

MP2018 Quel amour !, la réplique de la capitale européenne de la culture en 2013, s’est achevée le 1er week-end de septembre à Marseille. Zibeline a envoyé trois journalistes couvrir l’événement.

Rêves de princesses

Le début de la fin a commencé le 31 août au cinéma L’Alhambra, par la projection d’un charmant documentaire, Rêves de princesses*, en présence du réalisateur tourangeau Vincent Desombre. Charmant, mais pas mièvre ! Le cinéaste a observé une guinguette des bords de Loire, au public plutôt âgé, cherchant, au delà de la danse, la rencontre amoureuse. À travers le portrait attachant d’une poignée de sexagénaires qui enfilent leur habit de lumière tous les samedis, « ce film parle d’amour mais aussi beaucoup de solitude, de la difficulté à aimer ». C’est drôle, et parfois méchant. Telle reine de la piste brocarde ses soupirants du même âge (« on sent que c’est leur dernière ligne droite »), telle autre évoque les ragots (« j’ai fait l’erreur de mettre une robe trop transparente, on me l’a reproché »), ou la rivalité liée à la surreprésentation des femmes, les interdits tacites (« jamais de joue à joue ! », l’inquiétude face au jugement des enfants, pourtant adultes depuis belle lurette, à l’idée que leurs vieux parents « fréquentent » à nouveau… Mais leur appétit de vivre n’en éclate que plus insolemment, et c’est bien cela le plus émouvant, car « quand on danse, on ne pense pas à la mort ».

GAËLLE CLOAREC
Septembre 2018

* Le documentaire Rêves de princesses sera diffusé sur France 3 Provence-Alpes le 22 octobre


Stephan Muntaner

L’Artcan Gallery présentait l’exposition Love End Glossy du très pop Stephan Muntaner. En charge de la charte visuelle de Marseille Provence 2018, le graphiste marseillais s’adonne à une trituration de matières – acrylique, photos dorées à l’or fin, encre sur vitre, papier kraft… – pour bousculer les icônes. Une série de 30 pièces permettait côtoyer en grandeur nature les images qui ont rythmé les temps forts de la Capitale de l’Amour : le très Lichtensteinien Grand baiser de la Fête d’ouverture, une déclinaison de pots de moutarde Amor, ou encore une Lady Madonna arborant littéralement les traits de la reine de la Pop, sur des paroles de la chanson éponyme des Beatles griffonnées au fusain.

JULIE BORDENAVE
Septembre 2018

 

Soirées On Air

Les Bancs Publics qui fêtaient leurs vingt ans et le festival Kouss-Kouss dont c’était la première édition étaient à l’honneur des soirées On Air de la Friche la Belle de Mai pour clore MP 2018. Deux événements en résonance avec les cultures méditerranéennes ancrées à Marseille.

Ceux qui espéraient une version maghrébine de « Chez Michou » ont dû mal digérer leur couscous. Si la troupe du Kabareh Cheikhats est composée d’hommes déguisés en femmes, la comparaison s’arrête là. Bien qu’ostensiblement maquillés et vêtus de caftans, les longues robes que les Marocaines portent aux événements spéciaux comme les mariages et les naissances, ces transformistes-là ne cherchent pas le parfait pastiche. Sous la direction de Ghassan El Hakim, la dizaine d’acteurs, chanteurs et musiciens s’inspirent des Cheikhats, divas populaires des nuits marocaines, réputées pour leur liberté de ton et de mœurs. Dans une monarchie toujours conservatrice et liberticide, rendre hommage à ces dames indépendantes et de caractère, qui ont souvent dû beaucoup sacrifier de leur vie pour exercer leur passion, est en soi un acte transgressif et de résistance. C’est dans cette démarche de perpétuation d’un patrimoine sociétal – que l’on peut assimiler à du courage politique – que réside l’intérêt majeur du spectacle. Instruments traditionnels, danses, musiques et chansons populaires, puisées dans le répertoire chaabi ou aita (style basé sur la nostalgie et les aspirations, les plaisirs et les douleurs), le cabaret perpétue ainsi les prestations de Bouchaib Bidaoui, comédien et chanteur casablancais disparu. Une proposition qui a créé une ambiance débridée dans un public à l’image de la ville.

Le lendemain, Couscous Clan s’emparait du toit-terrasse le plus couru de l’été. À l’origine de la formation, une amitié entre les figures emblématiques de deux groupes à part de la scène rock française des années 80-90 : Kat Onoma et Carte de séjour. La rencontre entre Rodolphe Burger l’alsacien et Rachid Taha qui venait d’Algérie (lire ici notre hommage au chanteur décédé dans la nuit du 11 septembre) est celle de deux univers musicaux moins éloignés, mais surtout d’un état d’esprit artistique très proche. Entrés sur scène sur Take a walk on the wild side de Lou Reed, ils ponctueront leur set d’autres clins d’œil plus inattendus comme Billie Jean par la voix sombre et blues de Burger ou Da Da Da, tube pop minimaliste allemand de 1982. Le répertoire de Taha, au top d’une forme que l’on sait aléatoire, est largement revisité : d’un Voilà voilà aux sonorités afrofunk à Bent Sahra en version arabo-alsacienne, en passant par l’immanquable Rock the casbah. À la manière d’un Fernandel chantant sa recette de la bouillabaisse, les chefs du soir ne pouvaient ignorer le plat qui les réunissait pour l’occasion. Et pour faire un bon et authentique couscous, surtout « pas de poivrons » et des pois chiches laissés gonfler depuis la veille. Au mandole, le Marseillais Hakim Hammadouche semblait acquiescer.

LUDOVIC TOMAS
Septembre 2018

Les soirées On Air de clôture de MP 2018 ont eu lieu sur le toit-terrasse de la Friche la Belle de Mai les 31 août et 1er septembre.

Photos : Rêves de princesses © 13 productions ; Stephan Muntaner, For you I will go to the moon to unhook the earth, 2018 Acrylique et fusain sur papier kraft, 150 x 200 cm ; Couscous Clan – Rachid Taha © C. Dutrey


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