Vu par Zibeline

Picasso mon ami au Grand Théâtre de Provence

L’ami retrouvé

• 14 octobre 2019⇒23 décembre 2019 •
Picasso mon ami au Grand Théâtre de Provence - Zibeline

L’exposition Picasso mon ami témoigne de la longue amitié qui lia le photographe Lucien Clergue et Picasso sur les murs du hall d’entrée du Grand Théâtre de Provence

Les œuvres exposées ont été offertes par Yolande, Anne (commissaire de l’exposition) et Olivia Clergue au Fonds de dotation Assami qui les a confiées au GTP où elles seront visibles les soirs d’ouverture du théâtre jusqu’au 23 décembre. Ainsi, en attendant l’air de Lulli qui invite à s’installer pour le spectacle programmé, le public a la possibilité d’admirer les photos grand-format réparties dans le vaste hall. La même exposition est visible en parallèle au centre de soins palliatifs La Maison à Gardanne, accessible aux patients, leur famille et le personnel soignant. D’autres lieux de soins, partenaires des Théâtres et de l’Assami bénéficieront dans un deuxième temps de l’exposition, répondant à « l’esprit Assami » qui a, entre autres vocations, celle de contribuer au partage de la culture pour les publics empêchés.

Parce que c’était lui, parce que c’était moi…

« Tes photographies sont les carnets de croquis du Bon Dieu », se plaisait à dire Picasso à son ami Lucien Clergue. Leurs 53 ans de différence n’étaient rien tant la complicité entre les deux artistes était forte. Le peintre « avait une telle façon de vous mettre de plein pied avec lui ! » écrira le photographe. À 19 ans, il rencontre le maître à Arles en 1953. Leur amitié durera vingt ans jusqu’à la mort de Picasso en 1973. À travers le jeu des photographies, on peut se plaire à chercher les éléments de filiation, rêver aux correspondances entre les tirages noir et blanc et les tableaux du père de Guernica. L’intérêt du peintre pour le photographe ne se contentait pas d’une simple bienveillance mais allait jusqu’à la collaboration : Picasso dessinera quelques couvertures de livres du photographe. Étonnamment aucune échelle de valeur ne se glisse entre les deux arts qui semblent ici s’épauler et converser.

L’histoire d’une filiation

L’univers des saltimbanques chers à la « période rose » de Picasso trouve de vibrants échos dans la série Gitans, arlequins et saltimbanques : vivacité de la danse de Draga en robe à pois, (Saintes-Maries-de-la-Mer, 1958), pose rêveuse de l’Arlequin, (Arles, 1955), irréductible enthousiasme musical de la Jeune fille à la guitare cassée, (Saintes-Maries-de-la-Mer, 1957), vertigineuse géométrie du Funambule traversant le Rhône (Arles, 1956)… Les rencontres avec les proches du peintre sont évoquées, celle avec Cocteau, dont les clichés sont pris lors du tournage du Testament d’Orphée, dont l’Homme-cheval évolue encore dans la carrière des Baux… Puis, voici Manitas de Plata en train d’allumer une cigarette en mai 1966, tandis que l’un de ses amis boit à la régalade. Lucien Clergue fut en quelque sorte le Pygmalion du guitariste qu’il avait rencontré en 1955 aux Saintes-Maries-de-la-Mer : il le présenta à Picasso, qui devint son ami, et en 1961 le mit en relation avec le directeur de la Maison de disques Connoisseur, Alan Silver qui cherchait vainement à entrer en contact avec lui…

Autre cliché qui dit tant de l’intimité des deux artistes, celui de Picasso au miroir (1955) : la photographie est prise dans l’atelier du maître dans sa villa « La Californie » à Cannes. Le miroir ne reflète pas le peintre, mais la suspension qui éclaire la pièce et un personnage découpé qui trône en son centre. Le sujet fictionnel prend toute la place, ombre de l’être de chair qui pose… une mise en scène du propos même de l’artiste ?

Les cadrages photographiques sont ceux d’un peintre, en un équilibre parfait entre pleins et vides, mouvements et organisation de l’espace… saisis dans une palette sensible qui laisse sourdre l’émotion de l’instant.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 201

Picasso, mon ami
jusqu’au 23 décembre (les soirs de spectacle)
Grand théâtre de Provence, Aix-en-Provence & Centre de soins palliatifs La Maison, Gardanne
08 2013 2013 lestheatres.net

Photographie : Draga en robe à pois Saintes Maries de la mer 1958 © Atelier Lucien Clergue


Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net