Made in Algeria, généalogie d’un territoire : nouvelle exposition à voir au MuCEM, jusqu'au 2 mai

L’Algérie de loin de près

• 20 janvier 2016⇒2 mai 2016 •
Made in Algeria, généalogie d’un territoire : nouvelle exposition à voir au MuCEM, jusqu'au 2 mai - Zibeline

La nouvelle focale du MuCEM sur l’Algérie influence notre perception d’un territoire abandonné par les naturalistes qui cartographiaient le monde au XVIIIe siècle. Excepté l’Algérie, justement, restée longtemps sans tracés. C’est à partir de cette « absence » que le MuCEM a eu envie de penser comment ce territoire avait été délimité, du XVIIIe siècle à l’indépendance en 1962. Le résultat de ses recherches prend la forme d’une exposition dont le titre, Made in Algeria, généalogie d’un territoire, fait polémique : pourquoi choisir la langue de Shakespeare pour évoquer l’Algérie ? Zahia Rahmani, co-commissaire de l’exposition avec Jean-Yves Sarazin s’en défend, rappelant que phonétiquement on peut entendre « médina »…

L’exposition, dédiée à la cartographie et à son développement, offre une grille de lecture unique sur l’histoire de l’Algérie selon qu’on examine le pays (et sa représentation) à différentes époques. Elle opère des points de vue de plus en plus rapprochés au fil de quatre sections nourries de cartes, de plans, de tracés, de tableaux et de gravures anciennes, de cartes postales et d’affiches publicitaires, de photographies et de vidéos. Avec, en contre-champ, des œuvres d’artistes contemporains qui viennent suggérer une présence humaine, les cartes ne représentant jamais l’homme. Vue du large, avant 1830, l’Algérie est représentée sous l’angle guerrier compte tenu des relations conflictuelles entre l’Europe et l’Afrique du Nord. Après le débarquement de l’armée française à Sidi-Ferruch en juin 1830, son image se concentre exclusivement sur les fortifications d’Alger entourées de vastes étendues désertiques et donc supposées inhabitées. Outil de « communication » avant l’heure, les cartes revêtent une puissance subjective qui témoigne de l’idéologie de la conquête. Avec l’arrivée massive des colons à partir de 1842, puis son annexion à la France en 1848, le territoire se retrouve divisé en trois départements : Oran, Alger, Constantine. Mais ses frontières les plus au sud ne sont toujours pas délimitées… Pourtant la pratique de la cartographie scientifique et patrimoniale bat son plein, chargée de corriger les erreurs précédentes et de recenser les trésors enfouis sous terre. À partir de 1962, sur la voie de la réforme, l’Algérie est source d’inspiration pour les artistes qui ont recours aux enquêtes archivistes, aux relevés photographiques et autres quadrillages topographiques pour réinventer leur territoire.

Cette lecture savante de l’évolution de l’Algérie nécessite d’être commentée et accompagnée. C’est chose faite avec les nombreux rendez-vous satellites organisés par le MuCEM qui donne la parole aux scientifiques, aux écrivains, aux cinéastes et aux artistes. Dans le même esprit, le catalogue s’avère précieux pour appréhender en profondeur la problématique du tracé, de la délimitation d’un territoire et de son recouvrement.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2015

Made in Algeria, généalogie d’un territoire

20 janvier au 2 mai
MuCEM, Marseille

Illustration : Horace Vernet, Prise de Bône, 27 mars 1832, 1835, huile sur-toile, 260×227 cm. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © RMN Grand-Palais Château de Versailles Gérard Blot

Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org