22e Festival Music & Cinéma : Mario Piredda reçoit le Prix du meilleur Long Métrage

L’Agnello ( The Lamb)Vu par Zibeline

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C’est par un agnelage que débute le premier long métrage de Mario Piredda, The Lamb. La paille et le liquide placentaire. Le sec et le visqueux. La vie et la mort, déjà. Car la brebis n’a pas survécu à la parturition. On est en Sardaigne. Une Sardaigne âpre, aride, aux collines pierreuses, plus grise que verte. L’armée a annexé une part du pays pour y expérimenter ses armes. Les zones interdites protégées de barbelés et de portails cadenassés interrompent les chemins. Menace sourde, invisible. Le taux de cancers augmente chez les populations riveraines. Et Jacopo (Luciano Curreli), comme bien d’autres, tombe malade. Seule une greffe de moelle venant d’un sujet compatible peut le sauver. Ni Tonino, son père, vieux berger taciturne, ni sa fille de 17 ans, Anita, flamboyante et rebelle, ne le sont. Jacopo est veuf, fâché avec Gaetano, son frère, un ferrailleur, qui ne répond plus au téléphone depuis longtemps. Anita et son grand père essaient de reprendre contact pour le convaincre de faire un test de compatibilité. Le réalisateur définit son film comme « un drame pastoral, enraciné dans un territoire », « une histoire d’amour entre une fille et son père ».

Anita, interprétée par Nora Stassi, tignasse rousse, tatouée d’une rose noire sur la tempe, portant, comme deux larmes suspendues, un piercing de chaque côté de ses yeux rieurs, animée d’une énergie vitale prodigieuse, est proprement bouleversante. Comme le sont ces taiseux d’hommes, bruts, rudes, fiers et maladroits. La mise en scène joue sur les horizons, les travellings latéraux, l’étirement du littoral, les routes que parcourent chars et troupeaux, surlignant le déplacement physique et mental des personnages. Ou construit des moments arrêtés dans lesquels chacun, immobile, structure un tableau matérialisant la distance qui le sépare de l’autre. À l’hôpital, dans une salle de ferme ou de part et d’autre d’un pont écroulé. Les rapports entre ces gens modestes sont d’essence noble. Et le propos du réalisateur se fait universel. Il y a de beaux silences, le rock rageur d’Anita à la batterie, les clochettes des moutons, le bruit des avions de guerre qui trouent le ciel sarde, et la musique prenante de Marco Biscarini. L’agneau orphelin, adopté par la jeune fille et son père, lié dans la tradition chrétienne au sacrifice, est aussi symbole d’une force christique.

Le film a très justement séduit le jury du festival Annecy Cinéma italien et celui du 22ème Festival International du Film d’Aubagne, qui lui a décerné le Prix du Meilleur Long Métrage, doté par Alcimé. Nora Stassi décroche quant à elle un Prix d’interprétation très mérité.

ELISE PADOVANI
Juin 2021

Sélectionné par le Festival International du Film d’Aubagne qui s’est tenu du 31 au 5 juin, puis en ligne du 7 au 12 juin)

Photo : The Lamb @MAT Productions