L’Âge mûrVu par Zibeline

 - Zibeline

Quelques années après avoir travaillé avec des enfants atteints de troubles moteurs dans L’Âge d’or, Éric Minh Cuong Castaing poursuit sa démarche chorégraphique avec des corps empêchés, rendus « augmentés » par les médias de la danse et de la vidéo. Ces Forme(s) de vie remuent autant les sentiments que les esprits. Elles sont le fruit d’ateliers menés pendant trois ans au sein de plusieurs établissements dont La Maison, centre de soins palliatifs à Gardanne. Kamal Messelleka était boxeur professionnel, Elise Argaud danseuse. Tous deux en perte de mobilité en raison de maladies chroniques, ils ne peuvent plus exercer leur activité comme le monde des valides l’entend. Ils ont pourtant des choses à exprimer, des défis à relever. Ceux de vivre, de ressentir, de faire société. C’est au travers de danseurs professionnels (Yumiko Funaya, Aloun Marchal, Nans Pierson), véritables prothèses humaines, que leurs corps sont prolongés, se déplacent et que leurs messages se déploient avec engagement et humanité. Sur l’écran où apparaissent leurs comparses, les images sont tout aussi troublantes que le sont les mouvements au plateau. Au cours d’une balade à la Sainte-Victoire, des patients dépassent leur condition dans une lutte-ballet d’une grande puissance. Dans sa chambre, une femme alitée rayonne de bonheur, portée par les danseurs sous le regard des soignants. Au-delà du handicap, Forme(s) de vie questionne la vulnérabilité de corps, relativisée par la force de l’empathie et le désir de vivre-ensemble.

LUDOVIC TOMAS
Juillet 2021

Forme(s) de vie a été joué du 17 au 20 juin, au Ballet national de Marseille, dans le cadre du Festival de Marseille

Photo Forme(s) de vie, Eric Minh Cuong Castaing © Pierre Gondard