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Vu par Zibeline

Les 5èmes Rencontres internationales des cinémas arabes sous le signe de la mémoire

L’Aflam de la mémoire

Les 5èmes Rencontres internationales des cinémas arabes sous le signe de la mémoire - Zibeline

Les 5e Rencontres internationales des cinémas arabes ont mis au cœur de leur réflexion la mémoire. Par son hommage à Ahmed Bouanani (1938-2011), magnifique artiste qui n’a cessé de travailler sur celle du Maroc, amputée, refoulée, déformée, et dont la fille Touda Bouanani s’est donnée pour mission de promouvoir l’œuvre, profuse, avant-gardiste, multiforme, essentielle pour les générations à venir. « Je suis né au Royaume des fausses mémoires » écrit le cinéaste-poète. D’où venons-nous ? Et comment nous en souvenons-nous ? Ces questions bouananiennes, on les a retrouvées dans Le Roman algérien/Chap. 1 de Katia Kameli et Au balcon de Titi de Yasmina Benari. Dans le premier, la vidéaste s’interroge sur le succès commercial d’un kiosque nomade au cœur d’Alger, qui propose depuis des années de vieilles cartes postales, des timbres, d’anciennes photos d’hommes politiques : tout un fond iconographique éclectique figurant l’ère coloniale et post coloniale. En voix off, devant les murs d’images sous plastique, des intellectuels analysent ce besoin de « romance » : présent étouffant, futur anxiogène, pour 20 dinars, on acquiert une identité nationale revalorisée, on s’approprie une ville conçue par d’autres, on nourrit sa nostalgie ou on comble les lacunes de l’histoire officielle des manuels, on se reconnaît ou se réinvente. Dans le second, la jeune réalisatrice fait le portrait de Titi, militant communiste cairote de plus de 80 ans, filmé dans son appartement du Caire, qu’il occupe comme ses parents et grands parents avant lui et dont le long balcon filant s’ouvre sur la Place Tahrir. Un lieu où depuis des générations convulse l’Histoire. De là, il a vu les radars de la défense antiaériennes pendant la Seconde Guerre mondiale, l’incendie du Caire en 52. Là, le temps a passé : il a photographié, a été photographié, enfant, jeune homme, mari, père. Titi raconte l’engagement, ses 10 ans de prison, ses doutes, son désenchantement devant le retour des conservatismes. Entre les gestes du quotidien, les remarques incongrues sur la mort de Louis de Funès ou les baskets neuves de la cinéaste hors champ, au moment de passer la main à d’autres, Titi donne une leçon d’histoire vivante parce que, dit-il : « Tu comprends, on oublie tout ça. On oublie l’Histoire. »

ELISE PADOVANI
Décembre 2017

Les 5e rencontres internationales des cinémas arabes se sont tenues à Marseille du 21 au 26 novembre.

Photo : Au balcon de Titi © ELANs (Espace libre des Arts Nomades)


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