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Vu par Zibeline

Lorenzaccio, et le questionnement éternel sur l'engagement politique que pose l'œuvre de Musset

L’action politique

Lorenzaccio, et le questionnement éternel sur l'engagement politique que pose l'œuvre de Musset - Zibeline

Le Lorenzaccio mis en scène par Catherine Marnas commence par une fête électro. Explosive et décadente : cette Florence renaissante ressemble à notre temps, et c’est bien de notre réalité politique que l’on nous parle. Le sexe des puissants y est sans plaisir, hormis celui de faire plier l’autre. Le peuple est hébété, soumis, les opposants effrayés se calfeutrent ou s’exilent, acceptent l’injustice, la violence, les constants abus de pouvoir. La république florentine n’est plus qu’un souvenir, et la Chambre obéit à l’arbitraire. La reprise de ce Lorenzaccio, privé depuis la création du personnage idéaliste du peintre, a la noirceur d’un constat désabusé.

On y sent pourtant une force vitale, dans la recherche effrénée du plaisir, l’attrait de toutes les ivresses. Julien Duval habite Alexandre avec légèreté et cynisme, bêtise et malignité. Tyran détestable, par la place qu’on lui donne, il se comporte en enfant sans limites, inconscient des autres, abominable et charmant. Mais si Lorenzo est contaminé par ses « vices », la perruque blonde qui le dissimule recouvre seulement son humanité, et la passion politique.

La scène centrale, entre Strozzi et Lorenzo, est le pivot de la pièce, magistralement interprété par Franck Manzoni, qui prend la mesure de son échec, et par Vincent Dissez, un Lorenzo époustouflant d’idéalisme déçu. Qui sait que le meurtre du tyran est inutile, et ne croit plus comme Strozzi en l’efficacité de « la douce violence de la raison sur les hommes » (Marnas truffe son Lorenzaccio d’un peu de Brecht). Il accomplit son acte inutile, puisqu’un Médicis pire encore qu’Alexandre, pantin terrifiant, prendra sa succession.

L’action politique est-elle vaine ? Se battre pour la république, la justice, contre la tyrannie, reste le seul acte possible. L’attentisme de Strozzi, puis sa fuite, est tout aussi suicidaire. Autant agir ?

AGNÈS FRESCHEL
Mars 2017

Lorenzaccio a été joué aux Salins, Martigues, les 26 et 27 janvier

Photo : © Pierre Grosbois


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net