Au cinéma La Baleine ( Marseille) le 15 janvier à 21h en présence du réalisateur

L’âcre parfum des immortellesVu par Zibeline

• ⇒15 janvier 2020 •
Au cinéma La Baleine ( Marseille) le 15 janvier à 21h en présence du réalisateur - Zibeline

On se laisse guider par une voix, « je », dans une forêt des Landes jusqu’à une palombière. Y surgissent les souvenirs… La voix de cette jeune femme qui criait « Thorn ! » comme un nom de divinité nordique. Lui, c’est Jean-Pierre Thorn. Elle, c’est Joëlle, son amoureuse, morte à 25 ans, juste après 68. Dans son dernier film, journal intime, lettre ouverte, collage poétique et politique, le cinéaste, pour la première fois, parle de lui et de cet amour qui l’a fondé et qu’il tente de retrouver : « Que reste-t-il de nos amours, de nos colères ? » De ce refus d’oublier, Jean-Pierre Thorn fait un film où se racontent, entremêlées, son histoire d’amour, son parcours de cinéaste et la grande Histoire, celle des luttes ouvrières, du combat des ouvriers de Renault / Flins jusqu’à aujourd’hui.  Lettres passionnées de Joëlle, celle qui disait de lui qu’il était « le seul homme rencontré qui ne s’effritait pas sous ses doigts » ; – les premières datent du 13 avril 1966, au moment où la Seine avait envahi les quais – images d’archives, films de famille, extrait de son film Oser vaincre (1968) alternent. La mort de son aimée lui fait abandonner le cinéma « pour sauver sa peau » ; il s’établit en usine comme OS et dix ans plus tard, se remet à filmer : ses camarades en grève dans Le Dos au mur. Suivent Génération Hip hop, (1995), Faire kiffer les anges (1997), La belle rebelle (2010) qui rappellent les années où l’on y croyait. Parmi les protagonistes de ses films, qu’il retrouve, certains sont amers et confient qu’ils se sont trompés ; « J’ai l’impression d’être perdu », confie un ancien de Longwy, évoquant un golf réservé à l’élite sur les lieux mêmes des hauts-fourneaux rasés. D’autres au contraire, comme Farid Berki, parle de la chance qu’il a de vivre sur une frontière, avec une identité non figée, et du « devoir d’optimisme ». Et comme le but du film est de retisser le lien entre les luttes d’hier et les combats d’aujourd’hui, Jean-Pierre Thorn filme la parole de gilets jaunes à un barrage, de nuit.
Un film hybride, généreux et touchant qui a L’âcre parfum des immortelles.

ANNIE GAVA
Octobre 2019

Le film de Jean-Pierre Thorn est sorti  en salles le 23 octobre

Photo : © Willy Vainqueur