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Lorenzaccio de Musset vu par Gérald Garutti

Lâcheté ou impuissance?

Lorenzaccio de Musset vu par Gérald Garutti - Zibeline

Lorenzaccio est un classique du théâtre romantique : l’histoire est celle, en partie vraie, de la ville de Florence au XVIe siècle, sous le joug du Duc Alexandre de Médicis, un despote violent et débauché, contre lequel complote Lorenzo de Médicis, cousin du despote voulant l’assassiner pour mettre fin à son pouvoir arbitraire. Mais il est aussi le compagnon décadent du duc qui lui amène des femmes dans son lit, et le libertin qui se moque de la cour ou encore se joue des révoltes. Le protagoniste est un schizophrène célèbre, tiraillé entre l’idéaliste Lorenzino et le pervers Lorenzaccio.

La pièce est un monument , en cinq actes, quatre-vingt personnages, nécessitant de nombreux décors, écrite pour être lue par un auteur qui n’espérait plus qu’on la joue.Gérald Garutti passe outre sa réputation de «pièce impossible à monter» en plaçant l’action dans un décor clos entièrement blanc et minimal où seuls les accessoires permettent de comprendre où se trouvent les personnages. La ville de Florence est transposée au XXe siècle. Les gardes du Duc portent des uniformes militaires modernes. Les personnages des écoliers du peuple deviennent des paparazzis, préférant photographier les bacchanales plutôt que d’être désagréablement surpris du vice et de la débauche. Les grandes familles voulant combattre l’injustice, deviennent des petits bourgeois incapables d’agir, préférant les conversations de salon et la télévision plutôt que l’action. En voyant tout ceci, on peut penser que Gérald Garutti prend le parti de Lorenzaccio plutôt que de Lorenzino le pur : Stanislas Roquette, très convaincant dans ce rôle pourtant écrasant d’ambiguité et de lyrisme, en fait d’ailleurs une victime de la société, qui agit mal mais sans mauvaises intentions. Grâce à ce mélange d’époques, l’oeuvre de Musset devient intemporelle et s’adresse au monde, preuve avec la reconstitution du tableau de La Liberté guidant le peuple sur la scène dans le dernier acte.

Au final, la pièce ressemble à une tragédie shakespearienne, modèle de Musset comme de Hugo : les hommes méprisent l’amour, les femmes sont victimes de la corruption de l’état et le héros subira un terrible sort…

ALICE LAY
Avril 2015

Lorenzaccio a été joué du 2 au 4 avril à La Criée, Marseille

Photo : Lorenzaccio-c-Mirco-Casimo-Maglioca


La Criée
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