Laboratoire trahisonVu par Zibeline

 - Zibeline

Adeline Rosenstein est une récidiviste. Le troisième épisode de son Laboratoire Poison, fidèle à l’écriture impertinente des étapes précédentes, procure encore plus de jubilation. L’autrice, metteure en scène et actrice helvético-allemande poursuit son exploration psychologique des comportements situés sur une ligne de crête périlleuse entre esprit de résistance et glissement vers la trahison. Rien n’entame la justesse du propos, toujours aussi scrupuleusement documenté, ni la limpidité du raisonnement. Pas même les quelque deux heures et demie de scènes en enfilade, au ressort comique souvent inattendu (avec des bruitages dignes de cartoons), qui nous introduisent dans les marges des livres d’histoire. Rosenstein décortique la complexité de l’engagement, en expose les contradictions, les faiblesses, sans mettre en doute la sincérité. De la Seconde guerre mondiale aux conflits coloniaux et à leurs débouchés indépendantistes, la pièce met à l’épreuve, avec malice, les certitudes de la pureté militante. On y croise avec bonheur et émotion le réalisateur français anticolonialiste René Vautier, le psychiatre créole tiers-mondiste Frantz Fanon et l’homme d’État congolais indépendantiste Patrice Lumumba, montrés en exemple de droiture dans un océan de corrupteurs et de corrompus. Si ce laboratoire instille le poison du doute, il livre au final le plus efficace des antidotes : la quête de liberté. Brillant.

LUDOVIC TOMAS
Juillet 2021

Laboratoire Poison 3 a été joué les 3 & 4 juillet, à la Friche la Belle de Mai, dans le cadre du Festival de Marseille

Photo Laboratoire Poison, Adeline Rosenstein © Pierre Gondard