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Tiago Rodrigues mêle sur scène Madame Bovary à l'histoire personnelle de Flaubert

La voix de son Maître

Tiago Rodrigues mêle sur scène Madame Bovary à l'histoire personnelle de Flaubert - Zibeline

Relire Madame Bovary à voix haute, quel pari osé ! Le metteur en scène et dramaturge portugais Tiago Rodrigues s’en empare et réussit une pièce à l’extrême limpidité là où l’on pouvait craindre l’inextricable car « sa » Madame Bovary est un entrelacs de voix, de langes, d’écritures. Prenant prétexte du procès intenté contre Gustave Flaubert en 1856 pour immoralité, Tiago Rodrigues réécrit l’histoire, mêlant les procès-verbaux des audiences, la correspondance entre le romancier et l’amour de sa vie, Elisa Schlesinger, et quelques extraits du célèbre roman. L’artistique, le politique et le privé ne font plus qu’un. La démarche est habile, la visée est juste : interroger la porosité entre ces espaces prétendument étanches, mettre en débat l’immunité de l’art, la censure, et, selon l’expression contemporaine, « le politiquement correct ». Comme est pertinente et joyeuse la mise en abime sur scène : sur un sol jonché de feuilles blanches éparses sans cesse foulées ou brandies (pages du roman, actes du procès…), les comédiens embrassent leurs personnages à pleine bouche. Avec espièglerie, fraicheur, et une totale conviction. Tout se joue dans la salle du tribunal. Les amours adultères d’Emma, son alanguissement dépressif, la fidélité de Charles, jusqu’à l’ennui mortel de la vie provinciale. Mais, surtout, l’expression d’une droiture morale bafouée aux yeux de la société bourgeoise. Avocats de la défense et de l’accusation, Charles, Gustave, les amants Léon et Rodolphe, Emma prennent vie – du rire aux larmes et de la valse à la transe techno – dans un espace ouvert, éclaté, simplement fragmenté par quatre paravents mobiles. D’épaisses loupes filtrent la lumière, grossissent le ridicule des accusations, examinent les mystères du cœur… Mais n’est-ce pas là, justement, l’objectif du procès : ausculter chaque détail de la vie d’Emma pour juger la parole licencieuse de l’écrivain !

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Février 2018

Bovary a été joué les 16 et 17 février à Châteauvallon scène nationale, Ollioules et les 21 et 22 février au Théâtre d’Arles

Photo : Bovary © Pierre Grosbois


Châteauvallon – Scène nationale
795, chemin de Châteauvallon
BP 118
83192 Ollioules cedex
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com


Théâtre d’Arles
43 rue Jean Granaud
13200 Arles
04 90 52 51 55
www.theatre-arles.com