Prison possession, vu au théâtre des Halles à Avignon, à La Friche du 13 au 25 janvier

La voix de l’invisibleVu par Zibeline

• 13 janvier 2015⇒26 janvier 2015 •
Prison possession, vu au théâtre des Halles à Avignon, à La Friche du 13 au 25 janvier - Zibeline

Comment raconter la prison ? Comment fictionnaliser l’histoire de ces détenus «amputés du monde» avec qui François Cervantes, lors d’une carte blanche, a correspondu ? L’homme de théâtre, qui ne se place ni en juge ou en frère, ni en démagogue ou en avocat, choisit de se faire «simple» passeur des mots qu’on n’entend pas. Ceux qu’il a échangés dans sa relation épistolaire avec Erik, en particulier, dont l’enfermement à la vie et au monde nous assaille au fur et à mesure. Immobile dans un carré de lumière, à travers un monologue continu, sans à-coups, sobre et d’une justesse admirable, vibrant d’une humanité palpable, il fait lien entre sa vie et celle d’Erik. Sa venue à l’écriture, son monde construit «entre les corps et les mots», ses voyages, ses spectacles. En face, Erik, 15 années d’immobilité, de cohabitation dans 9m2, d’évasions à répétition «pour voir grandir les enfants et retrouver la vie», de mise au rebus et à l’isolement, un «animal sauvage égaré au milieu des hommes» plongé par son inaptitude «à une vie normale» dans le chaos, la folie, la maladie, la violence. Quotidien limité à une cellule, corps qui lâche, muscles qui fondent, mémoire qui s’effiloche, déconnexion totale. La vie qui se retire. «Une humanité de trop». Sans mouvements, tout en émotions contenues, Cervantes escalade dans un long voyage de l’un à l’autre, la montagne entre leurs deux âmes. Il entrouvre la porte de sa cellule, mentale et physique, et le temps extraordinaire du théâtre, offre à Erik la parole à travers sa voix. Son corps flottant est là, au plateau, grâce à la magie des mots. L’homme n’est plus qu’une ombre subliminale, vivant mais absent au monde, et grâce au dédoublement de l’écriture et de la représentation, nous fait face : «C’est l’histoire d’un homme qui s’est évadé dans un texte… là où plus personne ne pourra venir le chercher.» Une pièce fascinante et humaniste, d’une décence poignante, qui sans jamais excuser ou victimiser, redonne du lien et un espoir de dignité à un être humain exclu de la société.

DELPHINE MICHELANGELI
Avril 2014

Prison possession a été créé du 10 au 12 avril, dans le cadre de la Biennale des écritures du réel, au théâtre des Halles à Avignon, en partenariat avec la Scène nationale de Cavaillon

Photo : François-Cervantes-c-Christophe-Raynaud-de-Lage

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