« Arène » de Négar Djavadi est paru aux Éditions Liana  Levi

La ville brûle

« Arène » de Négar Djavadi est paru aux Éditions Liana  Levi - Zibeline

Après le très remarqué Désorientale, Négar Djavadi revient avec Arène. Plus question d’autobiographie romancée dans ce deuxième roman, un polar haletant, mené à un rythme d’enfer. Une intrigue serrée dans l’espace -le secteur est de Paris, entre Belleville et La Grange aux Belles, tout près du tristement célèbre gibet de Montfaucon- et le temps -un peu plus de 24 heures-, que la plongée dans le point de vue de multiples personnages intensifie. Une partition chorale habilement composée, qui démarre moderato puis va crescendo pour culminer en un furioso que même ses acteurs principaux n’imaginaient sans doute pas. Une spirale de violence alimentée par les réseaux sociaux, la circulation des images. Tout aurait-il autant dérapé si Benjamin Grossmann, le protagoniste central, n’avait pas perdu son portable ? Si la policière Sam Baydar n’avait pas « bousculé » un corps à terre ? Si la jeune Camille n’avait pas filmé la scène ? Très vite, tout s’emballe, et les cités de ce quartier populaire s’embrasent, enflammées par les discours d’un prédicateur médiatique et, accessoirement, par certains de ses hommes de main.

Le roman est brutal, le constat amer. Il suffit de presque rien pour mettre le feu aux poudres dans les zones urbaines oubliées des pouvoirs publics, observées de loin par une police désabusée. Et le pire, c’est que de tels événements peuvent former la trame d’une série à succès ! Benjamin le sait bien, lui qui occupe un poste important au sein de la plateforme Be Current. Toute cette histoire pourrait faire un excellent scénario… La romancière, qui est également scénariste, le sait bien aussi. Dans un monde d’images et de divertissement, n’oublions-nous pas de voir la réalité qui nous entoure ? C’est sans doute principalement cette question que Négar Djavadi pose dans ce récit à haute intensité. Et si l’on peut parfois se perdre dans tous les autres sujets brûlants qu’elle aborde à la marge (les migrants, la démagogie des édiles, l’islamophobie…), force est de constater la pertinence d’une telle interrogation et l’engagement de l’autrice à faire du roman noir un instrument de lutte. Et de réflexion.

FRED ROBERT
Octobre 2020

Arène
Négar Djavadi 
Éditions Liana  Levi, 22 €