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Vu par Zibeline

Exagérer pour inventer à l’Hôtel départemental des arts de Toulon

La vie n’est pas un conte de fées

• 13 juillet 2018⇒18 novembre 2018 •
Exagérer pour inventer à l’Hôtel départemental des arts de Toulon - Zibeline

« Dans ma vie, j’ai été la première femme invitée à la première Biennale de Venise commissariée par une femme, la première femme au Château de Versailles, au Guggenheim à Bilbao… Ce n’est pas mon choix. Je parle de moi-même, regardez les titres de mes expositions ! » clame Joana Vasconcelos, qui espère ouvrir la voie à d’autres femmes artistes. Et précise : « Je suis une chef d’entreprise qui emploie 60 personnes à Lisbonne, une équipe mixte et égalitaire où des hommes font des travaux a priori féminins, et inversement ». Les titres ? Je suis ton miroir à Bilbao, Exagérer pour inventer à Toulon, sortes de manifestes pour l’émancipation de la femme. Sa méthode ? Le détournement des traditions portugaises (azulejos, dentelles, crochet), la dénonciation des représentations du modèle matriarcal (la maison, la féminité, la cuisine), « la dé-contextualisation et la subversion des objets préexistants » selon Jean-François Chougnet qui met en relation œuvres anciennes, pièces iconiques et productions in situ.

L’effet de surprise est garanti dès l’escalier d’honneur pour lequel l’artiste a conçu une 25e Valquíria à rebours des précédentes, It’s raining men, à partir d’éléments symboles du costume masculin : pantalons, chemises, pochettes, cravates, ceinturons, braguettes, le tout enchainé à la verticale. Au-delà de cette pièce maitresse qui structure le parcours, le défi était de renouveler notre regard sur une œuvre qui fait partie du patrimoine mondial de l’art contemporain. On retrouve, bien sûr, son abécédaire textile – tissus, plumes, paillettes, borderies – dans des sculptures ornementales ultra féminines (Lilaea et Madison, statues en ciment avec luminaires et crochet en coton) et des installations combinant tissus et carreaux de céramique, notamment dans une salle dédiée à l’art du bain : Ishtar Gate (douches murales), Dripping Springs (lavabo recouvert de perles et de crochet), Marcel Marcel (deux urinoirs crochetés en rose et blanc en hommage à Duchamp). Mais on fait également face à des travaux plus sombres dans leurs propos, et donc dans leurs formes. L’un, Passerelle, d’une extrême violence idéologique et sonore, met en action un jeu de massacre de chiens en céramique suspendus à une chaine de production industrielle. L’autre, Glasshouse #1, offre une vision faussement idyllique de l’enfance en reproduisant à l’échelle une maison de poupée en plastique dans un matériau instable et ultrasensible : le verre de Murano.

Sous la douceur de la broderie, il y a la piqûre de l’aiguille…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2018

Exagérer pour inventer
jusqu’au 18 novembre
Hôtel départemental des arts, Toulon
04 83 95 18 40 hda.var.fr

Photographie : Passerelle, 2005, faïence, fer métallisé et thermolaqué, moteur, tableau de commande et de protection, interrupteur à pédale. Collection d’Art Fondation EDP, Lisbonne © The New Art Gallery of Walsall – ADAGP, Paris 2018.


Hôtel des Arts
Centre d’Art du Conseil Général du Var
236 boulevard Général Leclerc
83093 Toulon Cedex
04 94 91 69 18
http://www.hdatoulon.fr/