« Le parfum des cendres », premier roman prometteur de Marie Mangez, aux Éditions Finitude

La vie des mortsLu par Zibeline

« Le parfum des cendres », premier roman prometteur de Marie Mangez, aux Éditions Finitude - Zibeline

Sylvain Bragonard est embaumeur. Après des études de chimie, alors qu’il se destinait à devenir parfumeur -les parfums, son obsession-, il a tout laissé tomber pour la thanatopraxie. Plus à l’aise avec les morts qu’avec les vivants. De fait, le monde des vivants, il l’a quitté quinze ans auparavant. Depuis un certain jour de juillet, il se sent vivre « dans un bocal », incapable désormais de goûter les saveurs de la vie. Les seuls moments de plénitude sont ceux qu’il passe à préparer les défunts, humant et retrouvant les parfums de chacun, instaurant avec eux une « connivence précieuse » quoique éphémère. L’existence claquemurée, mais tranquille, de Sylvain se trouve bouleversée par l’intrusion d’Alice, une thésarde venue observer son travail. Une fille pleine de vie, passionnée de musique, curieuse de tout, curieuse de ce taiseux qui fait surgir dans la froideur des chambres funéraires une « myriade de senteurs », « tout un monde de parfums, sensuel et vibrant », curieuse de cet être bourru qui excelle à faire « danser les morts ». Une rencontre explosive qui va fissurer les parois du bocal…

Le parfum des cendres est le premier roman de Marie Mangez. Un roman prometteur. Outre l’originalité du sujet, en particulier grâce au lien inédit qu’elle tisse entre les fragrances et la mort (l’odeur de la mort n’est généralement pas si plaisante), l’autrice a imaginé des personnages attachants parce que particuliers. Dont on a envie de connaître le passé (on le découvre par flashes), de suivre l’évolution. Alors toute cette histoire de sens -l’odorat, l’ouïe- mais aussi de sens de la vie, on la lit presque sans pause, d’autant que le rythme en est soutenu, le style enlevé et plein d’humour, les dialogues vivants, les sensations à fleur de peau. Une charmante histoire de rencontre. Entre deux êtres que tout oppose, mais que lie leur attrait pour la mort, cet inconnu qui ressemble à un voyage lointain. Une belle leçon de deuil aussi. Bref, un roman sur la mort qui fleure bon la vie !

FRED ROBERT
Août 2021

Le parfum des cendres
Marie Mangez
Éditions Finitude 18,50 €