Vu par Zibeline

La vie derrière Fréhel

 - Zibeline

Des années qu’ils voulaient travailler ensemble. En découvrant le texte d’Emmanuel Robert-Espalieu, Riviera, Myriam Boyer a le coup de foudre pour ce personnage de grande amoureuse rongée par la solitude et les paradis artificiels ; elle confie la mise en scène à Gérard Gelas. Entre réalisme du décor et onirisme des situations, on suit les derniers jours de Fréhel, l’inoubliable oubliée, abandonnée dans son meublé qui, entre deux cours de chant donnés à la jeune Paulette (Laure Vallès), se bat avec ses démons et le fantôme de son amour de jeunesse, Maurice Chevalier. Au fin fond de sa solitude, la chanteuse de l’entre-deux-guerres s’invente des histoires pour fuir la réalité et attend son chevalier charmant pour filer sur la Riviera. Dans une rivière de larmes. Lui, arrogant en costumes trois pièces et canotier de travers, la hante les soirs d’ivresse de sa jeunesse impétueuse. Un courant d’air, interprété par Clément Rouault, qui s’anime et s’immobilise, pousse les murs du temps, qui révèlent en transparences des images du passé et coulissent sur la chambre d’abandon. Une ode à l’amour vache, dans laquelle Myriam Boyer nous saisit aux tripes et passe, comme dans un rêve, du rire aux larmes, de la démence à la nostalgie, gouaille et regard perçants. La pièce, aux tonalités noir et blanc, laisse le goût de la tristesse ; on attend, un peu contrit, l’inéluctable fin de ce cœur brisé. Gelas lui a donné la couleur indélébile de l’amour. Elle n’a plus la vie devant elle Fréhel. Mais l’amour a fait d’elle la plus heureuse des femmes.

DELPHINE MICHELANGELI

Juillet 2012

 

Riviera est joué jusqu’au 28 juillet au Théâtre du Chêne Noir, Avignon

 

 

 


Théâtre du Chêne Noir
8 bis rue Sainte-Catherine
84000 Avignon
04 90 86 58 11
www.chenenoir.fr