Vu par Zibeline

Y la vida va de José-Maria Sanchez, entre tango et mémoire, Amérique de Sud et vieille Europe, un petit bijou de tendresse

La vie comme un tango

Y la vida va de José-Maria Sanchez, entre tango et mémoire, Amérique de Sud et vieille Europe, un petit bijou de tendresse - Zibeline

Petit bijou d’émotion que le spectacle de José-Maria Sanchez dans l’écrin intime de la salle Léo Ferré du Toursky, Y la vida va…, titre aux accents felliniens de E la Nave Va. Une première mouture avait été proposée il y a deux saisons, danse et chant y tenaient déjà une place importante, mais plus illustrative, ici, la narration les intègre comme éléments de récit, au même titre que les poèmes ou les confidences. José-Maria Sanchez nous livre une évocation tendre et intime de l’histoire de l’Argentine au XXème, et esquisse quelques traits de sa propre vie, sans se laisser aller à l’autobiographie exhaustive. On croise le péronisme, la figure d’Eva Perón, la junte militaire de Videla, les disparus, les exils politiques, la ville de Buenos Aires, la poésie de Borges et des accents proches de ceux de la grande poétesse Alfonsina Storni qui intitulait son premier recueil Écrits pour ne pas mourir… Il s’agit de cela, l’œuvre devient le témoignage infrangible d’un passé. Entre histoire et mythe, se dessine une vision sensible de la vie, fragile, passionnée, à l’instar d’un Liber Tango. La mémoire se danse, pas inspirés de Géraldine Giudicelli et Julio Luque, se joue, se dit, se chante, piano de Janot Sallier-Dolette, et accordéon d’Aurélie Lombard, géniales improvisations, contre-chants aux subtiles variantes et la voix irréprochablement juste et sensible de José-Maria Sanchez. Compositions originales et musiques de Piazzola… interprétations virtuoses, dans les lumières complices de Bassou Ouchikh… La voix au phrasé musical jusque dans les passages dits, accorde aux corps entravés, aux bouches bâillonnées, aux marionnettes qui gisent ou s’attablent, fantômes de temps révolus, une nostalgique présence. On sourit aussi, le foot devient objet d’une chorégraphie où les évolutions chaloupées appellent un ballon rêvé… L’Argentine, c’est le foot et le tango, ou l’inverse, plaisante le dramaturge qui n’hésite pas à devenir une reine, hommage à toutes les femmes, à la grand-mère qui l’a élevé, « Reine du Chamamé » (eh oui, il n’y a pas que le tango en Argentine !).  On sourit, on s’émeut, on se laisse guider par la fantaisie voyageuse de celui qui affirme, « je n’ai pas fui la dictature, j’ai pris des vacances, elles durent depuis quarante ans »…

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2017

Le spectacle Y la vida va a été donné les 27, 28 et 29 avril, salle Léo Ferré, Théâtre Toursky, Marseille

Photographies © Jean Barak


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