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Lucas Debargue, un nouveau prodige à la Roque d'Anthéron!

La valeur n’attend point…

Lucas Debargue, un nouveau prodige à la Roque d'Anthéron! - Zibeline

La Roque d’Anthéron est depuis 36 ans le cadre privilégié des talents confirmés ou récemment révélés. Une allée de 365 platanes, séquoias centenaires, clairière aménagée, est le pèlerinage incontournable avant d’entrer dans l’arène, coupole à damiers, acoustique magique, gardienne des Steinways, Bechstein et autres… L’audace de la direction, depuis tant d’années, est d’offrir, dans ce cadre champêtre mais prestigieux, une programmation toujours passionnante et surprenante : Lucas Debargue, 25 ans, est encore peu connu du grand public mais son 4ème Prix au dernier Concours Tchaïkovsky, est resté dans les mémoires, le grand Boris Berezovsky, membre du jury,  le prenant même sous son aile, émerveillé par tant de force et de musicalité. Et depuis, les contrats pleuvent. Le programme, articulé autour d’œuvres baroque, romantique, moderne, sied parfaitement au lieu et à l’expression du jeune virtuose: La Toccata en ut mineur de Bach demande clarté, précision, équilibre. Debargue définit remarquablement la structure d’ensemble: de la forme libre de la Toccata à la Fugue brillante: attaques franches, entrées fuguées virevoltantes. La Sonate N°3 en la mineur de Prokofiev propose 4 mouvements très contrastés, comme de petits tableaux dramatiques. Le pianiste passe tour à tour d’un toucher léger, aérien à des passages nerveux, expressionnistes : une impressionnante maîtrise ! Mince, élancé, il est devant le clavier comme un orfèvre, un maître verrier, un céramiste, un potier : il cisèle pétrit, façonne. Gaspard de la Nuit de Maurice Ravel  sur des poèmes d’Aloysius Bertrand, semble écrit pour Debargue ! Les trilles de la main droite, comme un ostinato immobile dans Ondine, invitent à d’immenses ondulations et croisements de mains: mais les innombrables vagues chères aux impressionnistes, ne noient jamais le thème. Monet n’est pas loin avec ses Nymphéas. Scarbo, ce petit gnome diabolique, s’amuse, de l’extrême grave à l’extrême aigu ; le clavier, même effleuré, reste étonnamment présent, raffiné. La Sonate en si mineur de Liszt est redoutable, par ses contrastes entre thème choral méditatif, subitement chassé par des phrases romantiques très mélodiques, exaltées ; on passe d’un registre à l’autre, par de grands accords en octaves : l’exceptionnelle technique du pianiste se joue du thème tzigane comme des clins d’œil à la Faust-Symphonie du même Liszt. Toucher précis, sans pathos. Comme un tennisman, Debargue finit ses gestes dans un mouvement aérien, pour donner aux sons une palette de résonances incroyable. Ce jeune pianiste a un avenir radieux. Une très belle découverte qui honore le Festival.

YVES BERGÉ
Juillet 2016

Lundi 25  juillet 2016
Festival de La Roque d’Anthéron
Récital de piano : Lucas Debargue
Parc du Château de Florans

22 juillet au 18 août
04 42 50 51 15
www.festival-piano.com/

Crédits photo : Maud Delafoltte