Vu par Zibeline

Traces… fragments d’une Tunisie contemporaine, second volet à voir au MuCEM jusqu'au 29 février 2016

La Tunisie droit dans les yeux

• 4 novembre 2015⇒29 février 2016 •
Traces… fragments d’une Tunisie contemporaine, second volet à voir au MuCEM jusqu'au 29 février 2016 - Zibeline

Décomposé en deux fragments1, le portrait kaléidoscopique de la Tunisie contemporaine reconstitué par le MuCEM croise les regards de vidéastes, photographes et plasticiens. Des images plurielles d’une Tunisie plurielle dominée par la question de la disparition. Dans sa série Les Temps modernes, Faten Gaddes dénonce «l’effacement de notre histoire par les pouvoirs politiques successifs», donne une vision d’un territoire en chantier et d’une industrie moribonde. Témoin du démembrement de la centrale de la Société tunisienne d’électricité et de gaz, elle exprime un double sentiment «magnifique et déchirant car c’était comme une bête déchiquetée». Hors des clichés exotiques, sa photographie aux plans resserrés lance un cri d’alarme. Un travail sur les traces et les strates du temps que partage Wassim Ghozlani dans Fragments d’une révolution réalisé en janvier et février 2011 dans les lieux même du pouvoir et de la résistance au pouvoir. Au-delà du témoignage qui est l’attribut du photojournalisme, ses photos sont pour lui «un moyen de questionner et de comprendre les événements, de mettre en lumière le combat des femmes». Ses images sans concessions se passent de tout commentaire, comme figées dans les replis de la mémoire collective. Mémoire encore, mais familiale, avec Perles de famille de Houda Ghorbel et Wadi Mhiri, une vidéo finement ouvragée, à la musicalité silencieuse suspendue au mouvement d’une main de femme. Une main qui caresse de petites perles de semoule et dévoile furtivement des photos de famille en noir et blanc. Entremêlant le rituel immuable de la préparation de la mhammsa et leurs souvenirs intimes, ils racontent avec pudeur de minuscules histoires universelles.

Mieux vaut avoir vu Fragments I pour apprécier le second car certaines «images» se font écho. Telle la vidéo d’Ismaïl Bahri, Film, empreinte d’une part d’ombre et de mystère importante, et la série photographique d’Augustin Le Gall, Le dernier Arifa. Petite histoire du monde invisible. Elles sont liées par un sens caché à détricoter : dans Film, la vague mouvante d’images tirées d’extraits de journaux est une succession de «plis et de dé-plis» à dérouler patiemment ; les portraits sophistiqués d’un des derniers gardiens du dernier sanctuaire dédié au culte stambali appellent un commentaire. Sculptés dans un fond noir, ils mettent en scène le dernier Arifa paré des habits des esprits qui le sollicitent. Troublant travail sur un rituel en voie de disparition par un artiste marseillais installé en Tunisie qui a décidé de rentrer prochainement. La boucle est bouclée.

MARIE GODFRIN-GUIDVCELLI
Novembre 2015

1 Zied Ben Romdhane, Ismaïl Bahri, Fakhri El Ghezal, Héla Ammar et Souad Mani, du 13 mai au 28 septembre (voir Zib’85)

Traces… fragments d’une Tunisie contemporaine
jusqu’au 29 février
Bâtiment Georges Henri Rivière, MuCEM

photo : Perles de famille © Houda Ghorbel et Wadi Mhiri


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