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L'Enlèvement au sérail transposé en pleine guerre de 14, un choix risqué du Festival d’Aix-en-Provence

La traversée du désert

• 3 juillet 2015⇒21 juillet 2015 •
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L'Enlèvement au sérail transposé en pleine guerre de 14, un choix risqué du Festival d’Aix-en-Provence - Zibeline

La chaleur étouffante qui régnait le 6 juillet sur le Théâtre de l’Archevêché fit corps avec la mise en scène de Martin Kušej qui choisit de placer l’histoire de L’enlèvement au sérail dans le désert. Dans cet univers de sable, aride et hostile, symbole par excellence de la futilité, déambulèrent les protagonistes de l’opéra de Mozart, transportés pour l’occasion dans les tourments de la première guerre mondiale.

Déplacer l’action initialement prévue au XVIIIe siècle dans une période proche de la nôtre, s’explique par la volonté du metteur en scène de donner à la pièce une résonance sociale et politique, tout en évitant l’ancrage direct dans notre actualité brûlante. Choix respectable mais osé, avec le risque inhérent à toute dé-contextualisation de l’œuvre, d’en perdre l’esprit et son essence. Loin d’un Orient de carte postale, les gardes du Pacha enturbannés dans leur habit noir, fusils à la main et bannière noire flottant au vent, collent, il faut bien le reconnaître, assez peu à la musique de Mozart tout en finesse et délicatesse. L’interprétation quasi chambriste, dans une palette de nuances délicates, de l’excellent Jérémie Rhorer, à la tête du non moins très bon Freiburger Barockorchester, resta d’ailleurs, à cet égard, fidèle à l’esprit du compositeur autrichien et bien loin de l’esthétique de la mise en scène.

Le texte, mélangeant l’anglais et l’allemand, très présent, comme dans tout singspiel, parut lui aussi complètement déconnecté de la musique, presque hors cadre ; le Pacha, Tobias Moretti, ne parut jamais vraiment à l’aise malgré une présence scénique certaine. Restait la distribution vocale, au demeurant très homogène, avec une mention spéciale pour la superbe basse, Franz Josef Selig et Rachele Gilmore, soprano pétillante au timbre clair. Jane Archibald dans le rôle de Konstanze ne fut pas en reste dans ses airs de bravoure, bien aimée de Belmonte, Daniel Behle qui tint son rôle parfaitement. Reste le jeune ténor texan, David Portillo, Pédrillo, qui apporta un peu de fantaisie et de fraîcheur dans une mise en scène qui en manquait cruellement.

La représentation, loin de soulever l’enthousiasme, eut le mérite de montrer que l’opéra n’est pas figé dans une époque mais peut se prêter à des lectures diverses à même de susciter des interrogations voire des réactions épidermiques… preuve comme le dit Bernard Foccroule que «l’opéra est un art vivant». Souhaitons qu’il le reste!

CHRISTOPHE FLOQUET
Juillet 2014

L’Enlèvement au sérail se joue du 3 au 21 juillet dans le cadre du Festival d’Aix-en-Provence

Photo : © Pascal Victor


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