Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

L’Homme hors de lui réunit pour la 5e fois le verbe sinueux de Valère Novarina et la chair nerveuse de Dominique Pinon

La tragédie selon Novarina

• 4 octobre 2018⇒6 octobre 2018 •
L’Homme hors de lui réunit pour la 5e fois le verbe sinueux de Valère Novarina et la chair nerveuse de Dominique Pinon - Zibeline

Entrer dans un cadre, c’est se destiner à ne jamais en sortir. C’est du moins ce que laisse entendre la mise en scène, par Valère Novarina, de son propre texte. Avant de dévoiler plusieurs de ses toiles, abstraites, allégoriques et colorées, l’auteur donne à voir un carré en bois vide, au sein duquel se glisse le visage facétieux de Dominique Pinon, qui se fige instantanément dans un portrait. Jeté à terre, ce cadre deviendra la tombe du personnage et de ses antipersonnages, cet Homme hors de lui, transpercé par le langage, menacé par sa propre fin, lui qui proclame : « la mort était l’erreur de ma vie ». Face à lui, l’ouvrier du drame, Richard Pierre, délaisse par moments la régie pour intervenir sur scène.

La langue de Novarina ne connaît, elle, aucune borne : de mots-valises en torsions grammaticales, elle enrichit son nuancier de sens, explore les interstices de ses possibles avant de plaider pour la primauté du son sur la signification. Elle sait aussi se faire ludique, quand elle s’adjoint à l’accordéon récréatif de Christian Paccoud le temps d’hilarantes ritournelles, ou quand elle joue sur le décalage entre image et nom, entre les tableaux et le chemin pour que s’y fraye Dominique Pinon. Elle s’enraye enfin, quand se succèdent des listes de noms propres, de verbes ou de temps inventés -« l’inactif futur », « le sans-conditionnel », « l’advenul », « le plus que perdu »…

Insaisissable, le texte prend par endroits le risque de délaisser le spectateur pour s’adonner à sa seule virtuosité et à ses systématismes. Il reste remarquablement ancré grâce à la présence et à l’incarnation de Dominique Pinon. L’oralité et la souplesse du jeu de l’acteur le préservent de toute mise à distance. L’auditoire demeure, ici encore, pendu à ses lèvres, entre rire et stupéfaction.

SUZANNE CANESSA
Octobre 2018

Photo: Lhomme hors de lui -c- Simon Gosselin

L’homme hors de lui a été joué du 4 au 6 octobre au Théâtre Joliette-Minoterie, Marseille


Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr