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Vu par Zibeline

Retour sur Art, la pièce de Yasmina Reza, par un duo de compagnies, flamande et néerlandaise

La toile de la discorde

Retour sur Art, la pièce de Yasmina Reza, par un duo de compagnies, flamande et néerlandaise - Zibeline

Acheter 60 000 € un tableau blanc parcouru par de fins liserés blancs, perceptibles si l’on cligne des yeux, peut remettre en cause des liens d’amitié que l’on croyait inébranlables, et mener à des discussions au cours desquelles la manière d’appréhender la vie se remodèle, cherche de nouvelles définitions, et renvoie chacun, personnages et spectateurs, à la vacuité de principes établis – par qui ? Telle est la question… Mode, snobisme, verbiage, ou geste artistique…

Quelle remise en cause de notre perception de l’art, et de la relation que nous entretenons avec lui ! Le collectif flamand Tg STAN et la compagnie néerlandaise Dood Paard s’emparent du texte théâtral de Yasmina Reza, Art, le retordent avec brio, nouant les fils des thématiques de l’art et de l’amitié, recherchant le rationnel où il n’a pas lieu d’être et l’invoquant dans des domaines qui lui sont étrangers… L’appréciation d’un tableau est-elle liée à sa valeur financière ? « Tu as acheté cette merde soixante mille ! » s’indigne Marc (Frank Vercruyssen). « “Cette merde” par rapport à quoi ?  (…) tu n’as aucune connaissance dans le domaine de la peinture contemporaine, donc comment peux-tu affirmer que tel objet, obéissant à des lois que tu ignores, est une merde ? », rétorque Serge (Kuno Bakker)…

Leur amitié de longue date résistera-t-elle à l’art conceptuel ? Et celle qu’ils ont pour Yann le temporisateur (Gillis Biesheuvel), emporté par leur débauche verbale, tandis qu’il se soumet avec désespoir à la convention du mariage, et à un avenir difficile ? Entre l’art et la vie, même interrogation sur la légitimation de telle ou telle approche !

Le parallèle ajoute un inénarrable piquant à la pièce, et une verve ironique et gouailleuse qui contamine tous les sujets abordés. Le public est pris à témoin, interpellé par les acteurs, le décor, espace dessiné par un tapis, des lampes, autorise le passage d’un lieu à un autre, d’une dispute à l’autre, en un rythme alerte et jubilatoire. Le théâtre se met lui-même en question, dans cette esthétique en miroir, où tout prend forme dans le vertige délicieux des mots.

MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2017

Art a été donné au Bois de l’Aune, Aix-en-Provence du 11 au 13 mai

Photo : © Sanne Peper


Théâtre du Bois de l’Aune
1 Place Victor Schoelcher
13090 Aix-en-Provence
04 88 71 74 80
boisdelaune.fr