L'ensemble Nustrale s'est produit à l’église Notre Dame de la Mer de La Seyne-sur-Mer

La terre en partageVu par Zibeline

L'ensemble Nustrale s'est produit à l’église Notre Dame de la Mer de La Seyne-sur-Mer - Zibeline

Ce n’est pas parce qu’il se nomme Cantu Nustrale que ce bel ensemble s’enferme dans une corsitude étroite ! Le chant est ici tissé d’Histoire, d’évocations. Le quintette vocal et instrumental mené par ses deux fondateurs, Christian Ngo Degiovanni (seconde, terza, contre-chant, guitare) et Jean-Mathieu Colombani (basse, présentation), offrait à la Seyne-sur-Mer un concert dense qui s’attachait à présenter un florilège des divers courants de la musique vocale corse. On écoute des paghjelle, construites classiquement sur des distiques (« paghju », paire). La voix centrale, « a siconda », qui appelle et donne la mélodie principale, s’enracine sur la basse, socle du chant, et s’orne des mélismes et envolées libres de la terza… On apprend à reconnaître les lieux, les villages, les régions, par le « versu » (forme) utilisé : ici, le « versu longu » nous conduit à Orezza et le « versu mozzu » dans la région de Corte ;  là, on arpente les rues de Bustinicu à la suite d’un amoureux éconduit (Fiore), ou l’on part en transhumance au-dessus de Canale di Verde (Biasgina)…

Autre polyphonie, le madrigal (madricale) s’enracine dans la période baroque qui offre le thème de la chasse détournée par la contemplation d’une nymphe endormie, dans Eramu in campu… Les voix des cinq interprètes se conjuguent avec une souple élégance, se paillettent d’échos, jonglent entre profondeur et légèreté avec une subtile aisance. L’un des nombreux points d’orgue du spectacle sera sans doute la composition contemporaine profane, Fiure, qui évoque les figures des êtres chers qui ne sont plus, simples reflets sur des photos jaunies. La gravité s’irise d’élans aériens, bouleversante d’émotion contenue.

Cette intensité perdure au cœur des chants sacrés, issus des messes de Rusiu et de Sermanu (deux hauts-lieux du chant en Corse). La guitare entre en scène, pour l’une des dernières compositions du groupe, Umanita. Le thème de la fraternité se décline ensuite avec les « classiques » Catena (L’estaca) de Lluis Llach, Bella Ciao, ce chant des mondines, devenu symbole de résistance. Le public reprend en chœur la mélodie irlandaise de L’arranciaghju (l’oranger), sourit à l’interprétation potache de Sole mio, et se lève pour le Diu vi Salve Regina. Quel voyage !

AGNÈS FRESCHEL
Février 2019

Concert donné le 20 janvier, l’église Notre Dame de la Mer, à La Seyne-sur-Mer (organisé par l’Association des Concerts Seynois)

Photo : c Cantu Nustrale