Sandrine Bonnaire lumineuse dans l'interprétation de l'Odeur des Planches au Jeu de Paume.

La servanteVu par Zibeline

• 23 avril 2015⇒25 avril 2015 •
Sandrine Bonnaire lumineuse dans l'interprétation de l'Odeur des Planches au Jeu de Paume. - Zibeline

Le premier roman de Samira Sedira, L’odeur des planches, a touché le metteur en scène Richard Brunel au point de lui en faire rêver une mise en scène. L’argument est autobiographique : Samira Sedira, après avoir connu le succès des feux de la rampe se voit au chômage puis en fin de droits à quarante ans passés. Éclipse douloureuse où l’actrice pour survivre fait des heures de ménage. Le texte, d’une écriture dépouillée, laisse transparaître les failles, le désespoir, sans céder à un pathos facile. Le passé, les passés, entrecoupent le présent : passé de l’enfance, de l’Algérie à la France, les immeubles de La Ciotat, la douleur de la mère avec ses peurs « la question obsédante de son identité troublée », passé heureux aussi, celui de la conquête de l’autonomie, du travail d’actrice, « seul métier qui donne droit au don d’invisibilité », avec la divine « odeur des planches », passé proche où la carrière se brise. Indifférences. Le temps s’épaissit de toutes ces strates, dans une construction intérieure bouleversante, portée sur scène par la lumineuse sobriété de Sandrine Bonnaire. Le présent, c’est celui de la fatigue, des ménages, d’une activité considérée comme dévalorisante, humiliante, avec « toujours les mêmes gestes, indéfiniment, de la lente dépossession de soi »… les gestes accomplis sont la mémoire des gestes de la mère dont elle se sent alors l’involontaire héritière, et qui s’est étiolée, happée par ce travail domestique répétitif, sans cesse à recommencer. Pas de Sisyphe ici, (Sisyphe se libère par la force de sa pensée), « la fatigue m’empêche aussi de réfléchir, explique la protagoniste. C’est le plus terrible. Ma tête se vide, s’assèche, rien à y mettre, rien qui s’y passe, un grand hall vide et froid ». À cela s’ajoute le mépris de soi, la culpabilité. En mémoire, veille la petite ampoule qui jamais ne s’éteint au théâtre, la « servante ». Le texte du livre de Samira Sedira lui rouvre la porte du théâtre. Sandrine Bonnaire incarne son personnage avec une délicatesse sensible, s’efface devant les mots, pour donner à entendre cette subtile et poignante musique.

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2015

Vu le 25 avril, Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Photographie © Jean-Louis Fernandez

 

 

Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/