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Cannes 2018 : un film attachant de Jim Cummings présenté par l'ACID

La Route du tonnerre

• 12 septembre 2018 •
Cannes 2018 : un film attachant de Jim Cummings présenté par l'ACID - Zibeline

Jim Cummings scénarise, réalise, compose sa musique et incarne le personnage principal de Thunder Road à qui il donne son prénom: autant dire que ce film est très personnel !

C’est l’histoire d’une vie qui rejoint une chanson ou d’une chanson qui rejoint cette vie. Une chanson de Bruce Springsteen, La Route du Tonnerre, où il est question d’une dernière chance à saisir pour être heureux : garder confiance et rouler dans la nuit « ouverte ».

Le bonheur, c’est pas vraiment gagné pour Jimmy Arnaud, le protagoniste du film. Flic et texan, il devrait incarner l’autorité et la force mais il est dyslexique, fragile, ne maîtrise ni ses gestes ni sa parole, cédant à des débordements peu appréciés par sa hiérarchie. C’est un loser et la catastrophe annoncée ne manquera pas d’advenir. En instance de divorce, il se bat pour la garde de sa fille mais ne sait comment faire pour lui exprimer son amour. Père maladroit, pathétique, face à une gamine résignée qui semble plus mature que lui.

Le film commence par une scène tragi-comique de funérailles : un plan-séquence où la caméra s’approche de Jimmy en uniforme. L’Agent Arnaud enterre sa mère et son éloge funèbre tourne bien malgré lui au gag. Entre rire et larmes, douceur et colère, incrédulité et chagrin, le visage de beau gosse de Jim Cummings dont les traits pourraient être ceux d’un latin lover, change dans la seconde, comme sous une météo incertaine. Les séquences s’enchaînent en performances de stand up qui conduisent Arnaud, de Charybde en Scylla. On pense à Jim Carrey pour la plasticité clownesque de l’expression. Ou à Buster Keaton pour l’inadaptation sociale du personnage. Bien sûr, contrairement au célèbre burlesque muet, Arnaud est logorrhéique. Il parle, se parle mais ses mots cachent plus qu’ils ne révèlent. L’Amérique des winners, de la Norme sociale, de la précarité dans laquelle on bascule si vite, les blessures de l’enfance, affleurent. Tout est là, dans les ellipses du film, comme la chanson de Bruce Springsteen qui peut-être libère une voix et … une voie.

ELISE PADOVANI
Mai 2018

Le film a été présenté à l’ACID au Festival de Cannes 2018

Sortie : 12 Septembre 2018

Photo : Copyright Vanishing Angle