Yulianna Avdeeva la magicienne de la Roque d'Anthéron

La Roque en poésieVu par Zibeline

Yulianna Avdeeva la magicienne de la Roque d'Anthéron - Zibeline

L’une des pépites des soirées de la Roque d’Anthéron sous l’orbe de la conque du Parc de Florans, la pianiste Yulianna Avdeeva offrait un concert Beethoven /Chopin d’une délicate facture. Année anniversaire beethovénienne oblige, le programme s’ouvre sur le cycle des Variations héroïques (ou Variations « eroica ») et fugue en mi bémol majeur, opus 35 qui empruntent leur thème au ballet du même Beethoven, Les Créatures de Prométhée, clin d’œil aux commencements. Avec une fine maestria, et une précision rare, l’interprète se glisse dans la richesse des développements, rend leurs variations de souffle, leurs revirements, la multiplicité des formules, staccato, canon, triolets, qui servent envolées et volutes mélodiques. C’est avec la même intensité que sont abordées les œuvres de Chopin. La Ballade n° 2  en fa majeur opus 38 dédiée à Schumann et que son éditeur baptisa La gracieuse, alterne rêveries et mouvements passionnés, le Prélude en ut dièse mineur opus 45 renvoie à l’univers millimétré de Bach, tandis que le Scherzo n°3 en ut dièse mineur opus 39 oublie les aspects légers que le genre demande pour dessiner les éclats d’un romantisme plus sombre et enfiévré où les notes ruissellent en une inépuisable source. L’ensemble des quatre Mazurkas opus 41 tient de la performance, explorant tous les registres parfois en un même trait. L’artiste arpente le clavier avec une fine élégance, accorde aux partitions une lecture subtile et claire en un jeu délicatement ciselé qui rend chaque nuance avec une intelligente vivacité. L’Andante spianato et la Grande Polonaise brillante opus 22 traduit par ses accents héroïques les élans de l’insurrection polonaise qui vient d’éclater en un double chant où rêveries et emportements se conjuguent. L’interprétation lumineuse d’Yulianna Avdeeva transportait encore l’assistance lors des trois généreux rappels où l’on ne quittait pas Chopin, le Nocturne n° 4 en fa majeur opus 15, la Valse n°1 en la bémol majeur opus 34, la Mazurka en fa dièse mineur n° 3 opus 59 entretenaient la grâce. Bonheurs racés de finesse et d’acuité !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Concert donné le 17 août dans le cadre du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron.

Photographie : Yulianna Avdeeva © Christophe Grémiot 2020