Dialogue pour oiseaux et cigales à La Roque

La Roque aux oiseauxVu par Zibeline

Dialogue pour oiseaux et cigales à La Roque - Zibeline

Nombre d’auteurs ont été inspirés par la gent ailée, depuis Catulle et le petit moineau de Lesbie, à Messiaen, sans compter Saint-François d’Assise ou les ésotériques traités de la langue des oiseaux, cryptage des mystères de la création… Mais, l’évocation par le verbe ou les notes du phrasé des descendants des dinosaures cède assurément le pas à l’imitation époustouflante et sans appeau que les deux chanteurs d’oiseaux, Johnny Rasse et Jean Boucault offrent lors de leurs différents concerts. Avec la pianiste Shani Diluka et la violoniste Geneviève Laurenceau, ils ont composé un parcours dessiné en quatre actes, (Apparition, L’amour, Lutte et résurrection, Final) : La Symphonie des oiseaux : voyage onirique au Lac des cygnes. Le répertoire classique est mis en écho avec les chants d’oiseaux venus de toutes les parties du monde :  pic vert, pic noir, sirli du désert, alouette des champs, fauvette à tête noire, tourterelle, pigeons ramiers, laridés, merle noir, rossignol philomèle, chouette hulotte, rossignol progné, coucal, engoulevent, pygargue vocifère, grive draine, buse, martinet noir, grue, cygne chanteur… La musique de la nature se conjugue à celle, savante, des compositeurs, trouve des correspondances, rythmes, sons, tonalités. Par une sorte de contamination, de symbiose, les instruments sonnent comme les chants des oiseaux, ce trille du violon, cet arpège du piano, est-ce celui provoqué par un frottement d’archet, une corde frappé ou un gosier emplumé ?  Les deux compères  trillent, soufflent, chantent, caquètent, gloussent, cacardent, bourdonnent, sifflent, varient rythmes et timbres, intensités, usent de diphonie, de chant percussif… deviennent oiseaux eux-mêmes, par leurs postures, leurs démarches, leurs gestes, leurs mimiques, adoptent les portées de bras des danseuses pour mimer, (être?), les protagonistes à plumes des diverses saynètes du spectacle. Cocasses scènes de séduction, émoi de celles qui décident d’une prééminence… Le jeu subtil des deux artistes au piano et au violon, se refusant à toute emphase, aborde avec une sobre élégance les pièces de Granados, Stravinsky, Saint-Saëns, Pablo Casals, Debussy, Satie, Bartók, Kreisler, Vaughan Williams, Schubert… l’ensemble est soutenu par le crissement des cigales dans la touffeur de la fin d’après-midi… se goûte un accord profond avec un monde en harmonie.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2017

Concert donné le 4 août, Parc du Château de Florans, dans le cadre du Festival International de Piano de la Roque d’Anthéron

Photographie © Christophe Gremiot