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Lampedusa Beach et Terre noire, deux créations d'Irina Brook, vues à Toulon et Marseille

La résistance à rude épreuve

Lampedusa Beach et Terre noire, deux créations d'Irina Brook, vues à Toulon et Marseille - Zibeline

Présentés en diptyque au Théâtre national de Nice, Lampedusa Beach et Terre noire mis en scène par Irina Brook ont fait l’objet de deux représentations dans deux lieux distincts : le Liberté à Toulon et la Criée à Marseille. On ne peut que regretter cet éloignement géographique tant ces pièces, écrites respectivement par Lina Prosa et Stefano Massini, s’inscrivent dans le théâtre engagé et s’ancrent dans la même temporalité et le même continent. L’Afrique. Mais si le monologue de Lampedusa Beach porté de toutes ses forces par la frêle Romane Bohringer résonne comme un tremblement de terre, difficile d’adhérer totalement à Terre noire.

Malgré « la brillance de son écriture et son implication dans les sujets d’actualité » qui ont convaincu la metteure en scène, le découpage systématique du texte et le non moins systématique parti pris des tableaux finissent par provoquer une lassitude. D’autant que la troupe est d’une inégale présence, sans réel charisme, et les personnages caricaturaux : l’avocate déterminée et combattante jouée par Romane Bohringer, le couple de propriétaires terriens dépossédés de leur terre, l’avocat véreux campé par un pâle Hippolyte Girardot et le négociateur corrompu au jeu plus que poussif.

Ce que dénonce Stefano Massini de la corruption environnementale des multinationales n’est pas en cause, au contraire, mais les styles textuels cinématographiques, ultra réalistes, oniriques se diluent sur le plateau. Interprétée de front dans trois espaces, la succession des saynètes désagrège l’intensité des sentiments de révolte ou de cynisme des protagonistes. On le regrette d’autant plus qu’Irina Brook nous a pris aux tripes avec Lampedusa Beach ! Son choix d’un strict décor -une fausse plage de sable- cède tout l’espace de jeu au récit terrifiant d’une vie sacrifiée, tempétueux comme les vents de Méditerranée. Et à la présence irradiante de Romane Bohringer au corps transpercé de douleur.

Comme dans une espèce d’urgence, elle raconte l’inconcevable, sa tentative de survie malgré la fatalité annoncée. Romane Bohringer « est » Shauba, l’héroïne du drame, qui s’adresse à sa tante par-delà la mort rencontrée au bout de l’exil. Humiliation, viol, violence, son corps est devenu une marchandise comme les mangues. Sa tante rêvait d’un avenir meilleur pour elle, mais ce sera Lampedusa, et non celui d’une carte postale. Plutôt l’antichambre de la mort : « le cœur se noie avant que le corps ne se noie ».

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mai 2017

Lampedusa Beach a été donné les 7 et 8 mars au Liberté scène nationale de Toulon, Terre noire du 9 au 11 mars à La Criée Théâtre national de Marseille

Photo : Lampedusa Beach © Gaelle Simon


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