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Le Festival International de Guitare du 24 au 29 juin à Lambesc

La reine à six cordes

Le Festival International de Guitare du 24 au 29 juin à Lambesc  - Zibeline

Le Festival International de Guitare de Lambesc a, une fois encore, arpenté les territoires les plus secrets de son éclectisme intelligent

Durant six soirées, les accords de la reine à six cordes ont enchanté le parc Bertoglio, grâce à l’équipe dévouée et compétente des bénévoles de l’association Aguira, Charles et Annie Balduzzi en tête. Tout se déroule avec fluidité dans une convivialité que rien ne dément. La programmation concoctée par Valérie Duchâteau nous convie à écouter le monde, réunissant des artistes venus de très loin comme de tout à côté, et rend hommage aux luthiers, auxquels les interprètes doivent tant.

Cette dernière proposait en ouverture des extraits de son nouvel opus, Guitarra Latina, où se croisent Bach, Beethoven, Marcel Dadi, Clapton, Brel, Django Reinhardt… Pas d’effets superflus, mais une capacité fine à renouer avec l’émotion, dans un phrasé élégant et sobre. Dans la même veine, la rejoignait Liat Cohen, « la princesse de la guitare classique », venue spécialement de Tel Aviv, scellant l’entrée de la guitare dans les compositions contemporaines, avec la superbe Usher Valse (inspirée de la nouvelle d’Edgar Poe) de Nikita Koshkin (compositeur russe du XXIe siècle).

L’instrument soliste trouvait encore son accomplissement grâce à Rudi Florès (Argentine) dans les interprétations des musiques de son Amérique Latine natale, ou encore avec la jeune et virtuose Cassie Martin, premier prix (entre autres) du Concours International Roland Dyens, Révélation Guitare Classique 2018, qui se glisse avec une aisance déjà parfaitement maîtrisée au cœur des divers répertoires de son instrument. 

Les formations conjuguaient leurs accords avec brio : les six guitaristes (Arnaud et Clarisse Sans, Sylvain Cinquini, Martin Vieilly, Jean Guillot, Hugo Brogniart) de l’Ensemble Copla abordaient dans leurs propres réorchestrations des œuvres d’Albéniz, Torroba, Piazzolla, Verdi, et une époustouflante réécriture dans le ton originel de la Danse macabre de Saint-Saëns. Un nouvel instrument à corde entrait dans le festival, avec le duo Vincent Beer-Demander (mandoline) et Philippe Azoulay (guitare), pour une exploration des musiques de film, enchaînant les œuvres de Bolling, Cosma (Vladimir) et Kosma (Joseph), Ennio Morricone, Francis Lai ou Ernesto di Capua, ces deux derniers dans des arrangements du regretté Roland Dyens. Moments de musicalité et de virtuosité pure, qu’une touche d’humour vient éclairer…

Enfin, le Trio Cavalcade abolissait les frontières des genres, emportées dans les compositions inspirées de Mathias Duplessy qui « flamenquise » la guitare classique, ajoute la voix et le chant diphonique des anciens chamanes, duettise avec la guitare nuancée de Jérémy Jouve, renoue avec les racines indoues par le biais des hallucinantes percussions de Prabhu Edouard. C’est d’ailleurs sur un hommage à Ennio Morricone de Mathias Duplessy que s’achèvera le concert de clôture, réunissant tous les musiciens participants. Bissés et ovationnés comme jamais !

Des surprises s’offraient même aux organisateurs ! En vacances dans la région, la compositrice anglaise Marie Linnemann, pédagogue et grande théoricienne de la guitare, a accepté d’interpréter l’une de ses œuvres (I love you) en duo avec Cassie Martin. Chaque note est jouée comme si elle était unique et pleine, un univers en soi. La virtuosité consiste ici non à chercher à s’emporter en de folles vitesses, mais à rendre sensible l’instant, en ce qu’il a de profond, de particulier. Bulles de beauté qui s’orchestrent…

Oui, Lambesc est vraiment la ville de la guitare !

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2019

Le festival a eu lieu du 24 au 29 juin, à Lambesc

Photo : Trio Cavalcade © MC