Andreï Kontchalovski se plonge brillamment dans le massacre de Novotcherkassk avec Chers Camarades !

La rédemption des clercsVu par Zibeline

• 2 septembre 2021⇒9 septembre 2021 •
Andreï Kontchalovski se plonge brillamment dans le massacre de Novotcherkassk avec Chers Camarades ! - Zibeline

Andreï Kontchalovski a remporté, du haut de ses 84 printemps, le Prix spécial du jury à la dernière Mostra de Venise. Amplement méritée, cette distinction récompense autant la longévité et la cohérence d’une œuvre particulièrement dense que la réussite complète de Chers Camarades !. La plongée qu’opère le long-métrage dans les ressorts de la Russie soviétique à l’heure du massacre de juin 1962 est étourdissante de réalisme et de noirceur. C’est d’ailleurs dans le contraste entre le très beau noir et blanc et la capacité de l’image à retranscrire le quotidien et son horreur sourde que réside la plus grande réussite esthétique du film. Plastiquement à tomber, Chers Camarades ! n’est cependant pas une coquille vide. Il brille avant tout par son propos même, qui vient faire image là où la censure de l’époque, mais aussi le cinéma à grand spectacle n’avaient su produire que de l’imagerie. Le point de vue choisi n’est en effet pas des plus confortables : Lyudmila, incarnée brillamment par Yuliya Vysotskaya, s’y prononce pour la répression d’un peuple en révolte dans la pure tradition stalinienne. C’est la confrontation avec sa fille Svetka (émouvante Yulya Burova) et son père (Sergei Erlish) qui pousse ce rouage du totalitarisme à revoir sa copie. À travers cette famille modeste et bigarrée, c’est une identité russe tiraillée que le cinéaste sonde. Plus que la toile de fond d’une quête effrénée, la répression militaire des manifestants prend forme avec humanité et sans concession. Un grand film, en somme.

SUZANNE CANESSA
Andreï Kontchalovski, Chers Camarades !, 2h01, sortie le 1er septembre 2021