Vu par Zibeline

Dans son exposition Éclats d’infini, à la Maison de la photographie de Toulon, Denis Brihat scrute l'infiniment petit

La quintessence des choses

• 8 novembre 2014⇒24 janvier 2015 •
Dans son exposition Éclats d’infini, à la Maison de la photographie de Toulon, Denis Brihat scrute l'infiniment petit - Zibeline

Trois doigts d’une main en noir et blanc, tel est l’Autoportrait photographique de Denis Brihat réalisé en 1951. Une mise à distance de la représentation du sujet qui déjà révélait un esprit farouchement libre ! Il faut imaginer Denis Brihat dans les années 60, délaissant ses photos reportages pour s’installer dans une maison-laboratoire sur le plateau des Claparèdes, cirant ses photographies à main nue d’un geste «inspiré par les cireurs de chaussures de Bombay» en vue d’atteindre le velouté tant désiré. Depuis ses débuts il ne déroge pas à la règle qu’il s’est fixée : il tire lui-même ses photographies, convaincu qu’«il faut faire un objet impeccablement car faire des tirages uniques évite la sclérose du photographe»… Ainsi va l’exposition Éclats d’infini à la Maison de la Photographie à Toulon, pimpante dans ses nouvelles cimaises gris pâle et son éclairage sur mesure. Car l’artiste, aujourd’hui âgé de 86 ans, a veillé au moindre détail pour que ses tirages en noir et blanc et ses «gravures photographiques» bénéficient de conditions optimales. Son obsession ? Transmettre au spectateur «la vision et l’émotion initiales qu’il a eues à la prise de vue» quel que soit le sujet, des portraits des habitants de son village provençal aux recherches personnelles sur la nature. Mieux que personne il prend le thym à la racine, les fleurs par le pistil, le citron par la pulpe, et révèle la volupté du poivron à la peau renflée et les mille et une nervures du cœur d’artichaut. Ses travaux sont d’une simplicité absolue : il efface le superflu, l’élément parasitaire dans l’image et atteint l’essentiel. Scrutant l’infiniment petit, il fouille le cœur des choses, et donc le cœur des hommes. Il perce le mystère de la nature quitte à la transformer en formes abstraites, en objets fantasmés. Qui peut nous faire croire à une coiffure de geisha en photographiant une tulipe noire, si ce n’est Denis Brihat ?

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Décembre 2014

Éclats d’infini, Photographies 1958/2011
jusqu’au 24 janvier
Maison de la photographie, Toulon

Photo : Tulipe noire © Denis Brihat


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