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Vu par Zibeline

Le phallus et le néant, un film de Sophie Robert projeté à Marseille

La psychanalyse sur le divan

Le phallus et le néant, un film de Sophie Robert projeté à Marseille - Zibeline

La documentariste Sophie Robert, forte du retentissement de son premier opus Le Mur, consacré aux dérives de la psychanalyse dans le domaine de l’autisme, a présenté au cinéma du Prado, sous l’impulsion d’Osez le Féminisme ! 13, Le Phallus et le Néant, nouveau brûlot consacré aux fondements misogynes de l’analyse lacanienne et freudienne.

Titré, en phase de montage et de post-production, Le Phallus et le Pas-Tout, en référence directe à la terminologie sexuelle lacanienne, le film de Sophie Robert a failli ne jamais voir le jour. Elaboré à partir de nombreuses heures d’entretien réalisées en 2011, tout comme Le Mur, il a fait l’objet de poursuites de la part de psychanalystes lacaniens et freudiens, reprochant à la réalisatrice d’avoir, par des effets de montage, déformé leurs propos, qui apparaîtront à n’importe quel spectateur pour ce qu’ils sont, peu importe le cadre : des sentences insoutenables. La justice s’est, après de longues péripéties, prononcée sa faveur. On comprend ainsi sans difficulté la réticence de Sophie Robert à développer ses objections aux concepts-clés de la psychanalyse, ou une attitude quelque peu défensive lorsque quelques spectateurs lui feront remarquer la maladresse de certains raisonnements, dont celui réduisant le phallus au pénis, ou encore la fonction phallique à une « pure argutie néo-lacanienne », qui ne peut aujourd’hui que « justifier l’injustifiable ». D’autres affirmations, étayées au fil du long-métrage avec plus ou moins de bonheur, posent davantage question. La pensée freudienne ? Un retournement de la « théorie contre les patients », un « dogme érigé contre la réalité ». Lacan ? Un relecteur réactionnaire, qui a imprégné une théorie déjà dépassée, ce « scénario eschatologique », de « catholicisme romain ». Le complexe d’Œdipe ? Complètement réfutable, puisque « l’inceste entre animaux n’existe pas », ce qui « fout toute la théorie par terre ». L’inconscient ? Un concept déjà développé que Freud se serait réapproprié. Le point Godwin est enfin atteint lorsque la discussion, pourtant intéressante, s’éternise : la psychanalyse, puisqu’elle n’inciterait qu’au mépris des femmes et des victimes de violences sexuelles, serait une pensée d’essence misogyne. Il n’y aurait pas plus de « psychanalystes modérés » que d’« antisémites modérés » (sic).

Des concepts d’un autre âge à renouveler

Le documentaire est empreint de cette colère, et la démonstration ne fait pas l’économie d’inductions abusives, qui n’ont rien à envier au « millefeuille de contradictions » que Sophie Robert entend dénoncer. Evacués, les courants modernes de la psychanalyse -les Roussillon, Corcos et Boukobza que mentionnera une étudiante en psychologie pantoise- ou autres écoles et associations, hormis l’imposante et pourtant décriée APF (Association Psychanalytique de France). Malgré l’échantillon censément représentatif interrogé par la réalisatrice, constitué de 52 psychanalystes et apparentés, moins d’une vingtaine apparaissent à l’écran, et seule une dizaine d’entre eux développe un discours à proprement parler.

Le dispositif est donc imparfait, et serait dû avant tout, selon Sophie Robert, à la difficulté des « modérés » à témoigner sans mettre en danger leur carrière. Il a cependant le mérite de renverser la vapeur : aux propos pour le moins archaïques et dangereux des traitants répondent des témoignages terrassants de victimes de violences sexuelles tombées entre les mains de thérapeutes pour le moins pervers, confortés dans leur autorité par l’opacité de certains textes. Poussés dans leurs retranchements, les célèbres aphorismes -« la femme n’existe pas » et autres « femmes phalliquement lourdes » puisqu’indépendantes financièrement- achèvent de convaincre de la nécessité de renouveler des concepts d’un autre âge. Concepts qui, comme le rappellera Daniela Levy, vice-présidente d’Osez le féminisme ! 13, entérinent la confusion jamais démêlée entre le fait et son interprétation, qui ne peut que miner le chemin de l’émancipation, individuelle comme collective. Difficile, enfin, de ne pas trembler d’effroi devant la bonhommie avec laquelle ces psychanalystes influents délayent des propos impardonnables. Jacqueline Schaeffer affirme ainsi que « l’inceste paternel ça fait pas tellement de dégât, ça rend juste les filles un peu débiles, mais l’inceste maternel, ça fait de la psychose ». Jacques André écarte sans ciller la possibilité d’intégrer un psychanalyste homosexuel à l’APF, puisqu’il risquerait de « généraliser son cas personnel ». Sans oublier les tergiversations érotisantes de Richard Abibon sur de jeunes patients autistes…

Les témoignages de spectateurs qui suivront rappelleront ce principe élémentaire : l’empathie avec le patient, qui semble pour beaucoup avoir cédé la place à l’arrogance et à la prédation.

SUZANNE CANESSA
Janvier 2019

Le Phallus et le Néant a été projeté le 16 janvier au cinéma Le Prado, Marseille, à l’initiative de l’association Osez le féminisme ! 13

Illustration : Le phallus et le néant film de Sophie Robert -c- Ocean Invisible Productions


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