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Le psychanalyste Roland Gori interrogé sur le bonheur et le désir au MuCEM

La psychanalyse de notre bonheur

Le psychanalyste Roland Gori interrogé sur le bonheur et le désir au MuCEM - Zibeline

Le cycle de rencontres/débats Le bonheur, quel bonheur ? s’est tenu au MuCEM du 21 janvier au 6 février. L’idée est simple : s’interroger sur le bonheur, sur notre bonheur, dans la continuité du film « Chroniques d’un été », réalisé par Edgar Morin et Jean Rouch. Un thème parlant pour le plus grand nombre d’entre nous. Un exercice atypique et excitant pour les étudiants de Sciences Po Aix qui ont mené ces entretiens. C’était, le 19 janvier, le tour de Roland Gori, psychanalyste et professeur de psychopathologie marseillais, d’être interrogé par quatre de ces élèves. Zibeline a confié à l’une d’entre eux, Marine Purson, la rédaction de ce compte rendu.

Roland Gori, professeur de vie

C’est un torrent de pluie que les 250 personnes présentes dans l’amphithéâtre Germaine Tillon ont bravé pour écouter Roland Gori exposer sa conception du bonheur, mais pas seulement. Le métier de psychanalyste, le poids des normes sociales et le rôle de l’argent d’abord, quelques questions d’actualité ensuite, étaient au programme des quatre étudiants en charge de la conférence.

L’invité est un habitué de la parole publique. Professeur, mais aussi cofondateur du mouvement L’Appel des Appels, il pourrait être qualifié d’intellectuel engagé. Et c’était là tout l’intérêt de cette intervention : sortir des sentiers battus et exposer sa conception de notre société contemporaine.

Roland Gori l’a clamé: « La psychanalyse n’est pas un métier, plutôt un moment de grâce ». On ne choisit pas d’être psychanalyste. Dès ses premiers mots, il marque son opposition avec les praticiens des sciences de l’Homme. Les membres du corps médical, comme ceux de la justice, de l’éducation et de bien d’autres domaines, participent à une normalisation de l’homme et, par extension, de la société. Dénoncer cette uniformisation, c’est tout l’enjeu des multiples ouvrages écrits par l’homme révolté.

S’inscrivant dans la lignée d’Albert Camus, qu’il cite souvent, il n’hésite pas à sous-entendre que nous vivons une vie absurde. L’homme ne pense plus par lui-même, il s’inscrit dans la pensée majoritaire. L’homme ne cherche plus à être heureux, à être dans un état de désir, il comptabilise, évalue et achète, consomme, et se perd dans cette illusion de bonheur. Face à cela, Roland Gori appelle à une prise de conscience, à un sursaut des consciences. Sans lequel sortir de l’aliénation est impossible.

L’homme engagé

Après avoir développé son point de vue et expliqué ses engagements, Roland Gori a été piqué au vif par l’un de ses intervieweurs. « On pourrait dire que vous êtes un homme de gauche ». La formule fait mouche, le psychanalyste réagit. S’il s’est montré auprès de Pierre Laurent et a soutenu François Hollande, il refuse d’être rangé dans une case. L’occasion aussi de s’exprimer sur sa déception presque trois ans après l’élection du candidat PS.

L’évocation de son implication politique a été l’occasion pour les étudiants de l’IEP d’Aix de rebondir sur quelques sujets d’actualités : le développement du coaching personnel, le phénomène de la dépression, ou encore les sombres événements du 7 janvier dernier. Autant de questions auxquelles Roland Gori apporte implicitement une réponse commune : cesser la course en avant, « replacer l’humain au cœur de la société ».

Un discours quasi-philosophique qui ne laisse pas de marbre. Qu’on adhère à ses idées, qu’on se sente indigné ou révolté, les paroles de Roland Gori parviennent à déplacer la réflexion, et à relier l’expérience intime du bonheur et du désir avec la vie sociale et politique. En cela, son défi semble gagné. Libre à chacun de savoir comment répondre à la question qui fait écho au titre de la conférence : comment retrouver le bonheur perdu ?

MARINE PURSON
Février 2015

Lire ici les compte rendus de Zibeline sur les autres rendez-vous du cycle Le bonheur, quel bonheur ? : Edgar Morin, Gilles Clément, Pierre Rabhi et Pierre Giannetti.

Photo : Conférence Roland Gori -c- Romain Boned


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