13 courts pour une longue nuit de cinéma le 8 octobre aux Variétés

La preuve par treizeVu par Zibeline

• 8 octobre 2016 •
13 courts pour une longue nuit de cinéma le 8 octobre aux Variétés - Zibeline

1 roumain, 1 croate, 1 bosniaque, 1 marocain, 1 tunisien, 1 espagnol, 1 portugais, 1 turc, 1 libanais, 1 israélien et 3 français : le compte était bon ce samedi 8 oct au Cinéma Les Variétés, pour le rendez-vous devenu incontournable des Rencontres Films Femmes Méditerranée : 13 EN COURTS ! 13 courts-métrages sélectionnés par Annie Gava, réalisés par des Méditerranéennes, projetés en une seule soirée, avec à la clé, un double Prix – du Jury et du Public. Une expérience de cinéma où on saute d’un pays, d’un sujet, d’une sensibilité, d’une écriture cinématographique à l’autre avec quelques fils conducteurs qui ficellent habilement la programmation.

Lutte des classes

Ainsi l’exploitation de la femme par la femme dans des mondes domestiques clos où s’épluchent les légumes, se récurrent les casseroles, se repasse le linge. Dans Aya va à la plage de Maryam Touzani, une petite bonne éloignée de sa famille travaille pour une bourgeoise, sans autre réconfort que des magazines et l’amitié d’une vieille voisine abandonnée des siens. Dans El Adios de Clara Roquet, c’est une Rosana d’âge mûr qui après la mort de sa vieille patronne, se trouve confrontée au mépris de classe et à la bêtise de la fille de la défunte. Des films qui préfèrent le geste au discours, saisissent la dignité retrouvée, par l’échappée belle et rieuse d’Aya pour le premier, par le départ silencieux de la servante dévouée pour le second. Cinéma social, humain qu’on retrouve avec Provas, Exorcismos de Susana Nobre, en suivant Oscar, ouvrier de 48 ans confronté à des décisions prise en haut et de haut, le privant de son travail dans l’usine où il exerçait depuis 25 ans.

Résistances

Ainsi la Résistance des femmes qui comme le rappelle le teaser de cette édition «ne lâcheront rien» ! Résistance de celle qui reste, au milieu d’un exode massif, dans le sidérant Submarine de Mounia Akl où la crise des déchets au Liban fournit non seulement un décor extraordinaire d’apocalypse mais devient également la métaphore de l’asphyxie du pays. Ou encore, résistance héroïque des combattantes kurdes des YPG luttant contre Daesh à la frontière syro-turque, et auxquelles Leyla Toprak donne la parole dans Uzak mi, superbe documentaire (Mention spéciale du Jury à Clermont Ferrand en 2016). Tête nue, arme au poing et courage au ventre, ces jeunes femmes chantent, parlent d’amour et de beauté au milieu de ruines sur lesquelles danse une ballerine. Car pourquoi courrait-on le risque de mourir si ce n’est pour vivre !

Visible et invisible

Autre fil d’Ariane, le jeu entre le visible et l’invisible. Dans A night in Tokoriki de Roxana Stroe, on ne voit pas ce qui crève les yeux jusqu’au dénouement inattendu. Film énergique, humoristique, rondement mené qui nous entraîne le temps d’une soirée d’anniversaire et de fiançailles, sur le dance floor d’un établissement roumain ringard à souhait, néons tristes et DJ dodu à tee shirt mou et doré. La jeune réalisatrice malicieuse joue avec les pré-jugés du spectateur. Rendre visible l’invisible par petites touches, dans l’indifférence clinique, blanche et grise, de la salle d’attente d’un cabinet d’ophtalmologiste, c’est le propos de Dubravka Turic, dans Belladonna, rendant un regard de compassion à la belle et froide Sasha qui semblait l’avoir perdu, dans cette Croatie urbaine, résolument moderne, qui veut oublier le passé. Sasha, touchée soudain par le drame d’une autre patiente dont les yeux auraient voulu se fermer après avoir vu l’exécution sommaire de son fils et de son mari pendant la guerre de Bosnie. La Plage de Keren Ben Rafael reprend encore ce thème du regard : l’été, la mer, le sable, sous le soleil exactement et un plan séquence virtuose de 19 minutes, qui capte les petites histoires individuelles des baigneurs, laissant hors champ, un drame qu’on ne veut pas voir. 

Le public venu nombreux découvrir ces courts-métrages a eu la preuve par treize de la vitalité du genre et du talent des jeunes réalisatrices.

Pour connaître le palmarès, il faudra attendre la soirée spéciale du jeudi 13 octobre au Cinéma Le Prado.

ELISE PADOVANI
Octobre 2016

Photo : A night in Tokoriki © Ultraviolet Media

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