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Invitée par les Ecritures Croisées, la Caravane culturelle syrienne est passée à Aix

La porte de la paix

• 9 mai 2016⇒11 mai 2016 •
Invitée par les Ecritures Croisées, la Caravane culturelle syrienne est passée à Aix - Zibeline

Annie Terrier et les Écritures Croisées, en partenariat avec l’Institut de l’Image et l’Institut d’Études Politiques d’Aix, ont organisé une rencontre de trois jours avec la Caravane culturelle syrienne, intitulée Liberté pour le peuple syrien. Le grand camping-car rose s’est arrêté à la Cité du Livre, apportant le langage universel de la culture et des hommes de bonne volonté.

Pour évoquer cette manifestation, reprenons en titre le nom d’une des portes de la ville d’Alep, « la porte de la paix », à l’instar du magnifique trio Bab Assalam1 qui a enchanté l’amphithéâtre de la Verrière mêlant la beauté des chants, les accents du oud (Khaled Aljaramani) et des percussions (Mohanad Aljaramani) aux volutes inspirés de la clarinette (Raphaël Vuillard).
Focale Syrienne-Guerre en contraste2 ouvre ces journées avec les photographies de Hosam Katan, primé cette année du prestigieux Nannen Preis. On y voit le quotidien, la tendresse, les jeux, les barbelés, les destructions, sous un angle qui esthétise, donne à comprendre sans heurter, même dans l’imprescriptible horreur du petit Dormeur du val, dans les gravats.

Un demi-siècle de dictature du clan Assad
Le politologue François Burgat en explique la complexité : il y a la machine à broyer des russes/les revirements de l’occident/les revendications d’un véritable état/la volonté d’un retour à la situation d’avant 2011/les radicaux pour un « sunnistan »/les groupes mafieux qui profitent du désordre ambiant… et aujourd’hui une situation simple, la planète entière contre Daesh, les opposants au régime mis en échec par les russes et Assad, qui s’avère soutenu par tous…

Place de l’art dans un pays aussi meurtri
L’art reste essentiel, « malgré la déraison de l’impitoyable présent » (A. Terrier). Mohamad Al Roumi, président de la Caravane culturelle syrienne insiste : « Une cause oubliée est une cause perdue ». Pour Farouk Mardam Bey, directeur des éditions Sindbad (Actes Sud) « depuis 2011, la Syrie vit la plus grande catastrophe humanitaire au monde depuis la 2e guerre mondiale ». Il pose les jalons de la table ronde axée sur le thème L’art, langage universel, et pose la question des caractéristiques de la nouvelle écriture syrienne. L’écrivain Yassine Haj Saleh en expose les transformations depuis 2011 : la présence de gens ordinaires, la vie quotidienne font leur intrusion, de même que la narration d’expériences personnelles. Le sens tragique domine cette écriture ce qui mène à une confrontation avec ses codes. Une foule d’écrivains inconnus émerge. Enfin, résultat de la situation (70 pays se battent en Syrie), une ouverture nouvelle sur le monde.

Écrire, un acte de résistance
Samar Yazbek évoque son expérience d’auteure : « Par ces temps de massacre, l’idée première était de trouver comment transposer ce qui se passait dans la rue. Mon rôle était de transmettre… Romancière, je ne pouvais me voir de loin, en tant que journaliste, témoin, comme une forme d’exil que je vivais en moi, avec la question des moyens à mettre en œuvre pour accéder à l’esthétique à laquelle j’aspirais. » « L’obsession quand on voit ce qui se passe, renchérit la journaliste Hala Kodmani, c’est de témoigner. Le phénomène du reporting s’est multiplié avec une foule de citoyens reporters qui sont en train d’inventer un genre nouveau : le reportage sur le terrain n’existait pas dans l’histoire de la presse arabe. » Les textes de ces auteurs, lus avec finesse par Macha Makeïeff, illustrent la justesse de leurs propos. La traductrice Rania Samara brosse un passionnant panorama de l’histoire littéraire syrienne, sourit à propos de l’explosion de la créativité qui ne lui laisse plus le temps de tout traduire.
La poésie dense, symbolique, empreinte d’une subtile liberté, de Kouloud Al Zghayare et de Golan Haji clôt ces rencontres, réconciliant l’être et les mots. L’art, une porte de la paix…

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2016

1 Bab Assalam : traduction « la porte de la paix »
2 Projet porté des étudiants de Science Po Aix et l’association Courant d’Art

La Caravane culturelle syrienne s’est tenue du 9 au 11 mai (exposition jusqu’au 21 mai) à la Cité du livre d’Aix-en-Provence. Cet automne à la Friche de la Belle de Mai de Marseille, en novembre à la MJC de Martigues, bientôt en Allemagne à la Fondation Heinrich Böll…

photo : Exposition Focale Syrienne-Guerre en contraste, Hosam Katan©Maryvonne Colombani


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