Voyage baroque avec Il Pomo d'Oro et Eva Zaïcik aux Musicales du Luberon

La pomme d’orVu par Zibeline

Voyage baroque avec Il Pomo d'Oro et Eva Zaïcik aux Musicales du Luberon - Zibeline

Pas de discorde avec la « Pomme d’Or » du concert donné en l’église de Bonnieux dans le cadre du festival des Musicales du Luberon, placées sous le signe du baroque. L’ensemble Il Pomo d’Oro (nommé d’après l’opéra d’Antonio Cesti qui s’inspire de l’histoire du Jugement de Pâris), dirigé par la fantastique violoniste solo Zéfira Valova s’attachait à un programme entièrement baroque consacré à Vivaldi, « le prêtre roux », ainsi que le rappelait dans son intéressante présentation le Père Robert, venu remplacer le curé titulaire en vacances, situant historiquement et spirituellement les pièces du programme.

La mezzo-soprano Eva Zaïcik, élue Révélation lyrique aux Victoires de la Musique classique en 2018 (entre autres récompenses prestigieuses) apportait la vivacité de son timbre et sa finesse interprétative aux pièces de la soirée. Sublime dans le Nisi Dominus RV608, la cantatrice sait se glisser dans la douceur des legato, accorde une éloquence et une matérialité au mystère dans les gradations de cette ascension vers l’indicible, soutenue par un orchestre inspiré qui rend palpables les tensions entre l’aspiration à une élévation et la chair humble de la condition humaine. La virtuosité de l’interprétation réside là, dans le refus de l’effet facile, et l’expression pure d’une âme et de ses nuances.

Suivait la partition instrumentale du Concerto pour violon, cordes et continuo en ré majeur RV208, dit « Grosso Mogul », qui serait le quatrième des « concerts nationaux » que Vivaldi aurait composés, et le seul à avoir été retrouvé. Serait-ce en référence au célèbre diamant du maharaja Shâ Jahân qui fit construire la Taj Mahal, ou simplement une pièce dédiée à l’Inde ? L’ensemble s’empare avec une maestria assortie d’une complicité espiègle de ces pages parfois acrobatiques, Dmitris Smirnov, Heriberto Delgado, violons, Patricia Gagnon, alto, Ludovico Minaso, violoncelle, Marie Amélie Clément, contrebasse, Aapo Hakkinen, clavecin et orgue positif, s’emportent avec passion, tandis que, à la direction et violon solo, Zéfira Valova livre une performance éblouissante, danse, bouge, rythme, l’instrument n’étant plus que le prolongement physique de la musicienne qui apporte une fougue digne d’un fest noz endiablé. Le monde dessine la variété de ses géographies, la gamme s’orientalise, les notes se sculptent, pierres précieuses aux multiples facettes.

Enfin, trois extraits d’opéras, les airs Agitata infido flatu de l’oratorio Juditha Triumphans, Gelida in ogni vena de l’opéra Farnace et Se lento ancora il fulmine de l’opéra Argippo, nous font réviser l’histoire antique, et permettent d’aborder dans la souplesse de leurs mouvements les registres les plus subtils, une palette nuancée où les sentiments les plus extrêmes sont portés jusqu’à l’exaspération, et s’encalminent en une bouleversante beauté.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2020

Le concert « Barocco furioso » a été donné le 30 juillet en l’église de Bonnieux dans le cadre des Musicales du Luberon.

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Photographie © Emeric Mathiou