La poésie en représentation

 - Zibeline

Christian Mazzuchini arrive sur scène dans un costume bricolé, son histoire en bandoulière. Un look entre le baladin des temps modernes et le voleur de poules : chapeau mou, costard rayé, foulard coloré, chaussures blanches pointues. Seul accessoire, un tabouret pliant. Dès les premières minutes son regard de glacier capture le spectateur, habitué dans la région à ses spectacles en solo. Cette fois c’est un texte de Christian Tarkos, le poète d’une langue « poétique et musicale » qui prend sa source dans le quotidien. Ce que Mazzuchini a spontanément aimé chez lui, c’est le rythme des mots simples, qui ne font pas dans le poétique ; qui parlent par exemple d’un homme dont l’esprit et le corps sont entièrement remplis de merde. Pour Mazzuchini la « pâte-mot » de Tarkos se mastique comme un chewing-gum avec un intense plaisir, aussitôt partagé avec les spectateurs. Une célébration de la langue qui se garde de s’ampouler, qui vénère le canaille, et qui prend vie comme il se doit au théâtre, loin du cérémonial des lectures et performances poétiques qui souffrent trop souvent de vénération exacerbée. Ici le comédien prend la liberté de mêler aux mots du poète ceux de la langue Rom de ses origines. Il y ajoute aussi des bribes de conversations glanées et consignées dans un carnet, réunies sous la signature de K. Mazzu, qui n’est autre que lui-même. Et les mots s’échappent comme les plumes qu’il expulse du fond de ses poches, logorrhée chaleureuse du voleur de poule transmué en détrousseur de mots.

CHRIS BOURGUE

La tentation d’exister s’est joué à la Manutention, Avignon, durant le off 2012


Théâtre des Doms
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