Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

À l’ombre des platanes, la démocratie

La place est publique

À l’ombre des platanes, la démocratie - Zibeline

Joëlle Zask est l’auteure de La démocratie aux champs, ouvrage paru en 2016 aux éditions La Découverte, pour lequel elle nous avait accordé un entretien passionnant (lire l’article Cultiver son jardin ). La philosophe publie, cette fois chez au Bord de l’Eau, son nouveau livre : Quand la place devient publique. Un titre qui invite immédiatement à se questionner : comment la place, ce lieu destiné à accueillir les populations, aurait-elle besoin de devenir publique ? C’est que le sujet lui-même est contre-intuitif : « Souvent béantes, centrées, aplanies, trop vastes, sans relief, équipées d’une armée de caméras, jalonnées de barrières Vauban ou dépourvues d’assises, les places qui devraient logiquement accueillir les publics, au contraire, les repoussent ». Joëlle Zask nous apprend que l’étymologie du mot dérive du platane, en grec, arbre opulent qu’Hippocrate disait favorable à la concentration intellectuelle et à la transmission des connaissances. Aujourd’hui encore en Méditerranée, les places les plus plaisantes bénéficient de son ombrage centenaire.

Celles, évidemment, qui n’ont pas encore été attaquées par un pouvoir ivre de standardisation, privilégiant la surveillance à la convivialité, le spectacle politique aux initiatives citoyennes, les espaces rentables à la flânerie, la voiture aux déplacements doux. Triste constat de cette fine observatrice : plus le temps passe, plus les places disparaissent, souffrant de la « tragédie des biens communs » (une expression qu’elle emprunte à l’écologue américain Garrett Hardin). Riche de dizaines d’exemples, mis en relief depuis l’histoire urbaine de multiples civilisations, ou piochés dans les évolutions récentes à travers le monde, ce court essai « n’a rien d’un manuel destiné à concevoir des places suivant des règles précises, il est en revanche destiné à l’usager-architecte qui est en chacun de nous ». Car pour Joëlle Zask, la place démocratique idéale n’existe pas, elle s’élabore en fonction du contexte environnemental, historique, et des gens qui la fréquentent. Ouverte, souple, vivante et multi-usages, elle découle de l’auto-gouvernement.

GAËLLE CLOAREC
Juillet 2018

Quand la place devient publique
Joëlle Zask
Éditions Le Bord de l’Eau, 18 €