La pénurie d'eau au Liban, exposition marquante du photographe Lucien Migné à L'Hydre aux mille têtes

La piscine et le filet d’eauVu par Zibeline

• 11 mars 2022⇒21 mars 2022 •
La pénurie d'eau au Liban, exposition marquante du photographe Lucien Migné à L'Hydre aux mille têtes - Zibeline

Lucien Migné est diplômé du département Prise de vue de l’École de Cinéma et de Photographie Satis. Photographe freelance basé à Marseille, il a suivi notamment les travailleurs Marocains, la tradition Vaudou au Bénin, et récemment, les chiffonniers du Caire. La librairie L’Hydre aux mille têtes accueille jusqu’au 21 mars une série de ses œuvres. Reportage réalisé en septembre 2021, La pénurie d’eau au Liban est une excellente façon d’entrer dans la problématique du siècle : comment répartir équitablement les ressources vitales, inéluctablement destinées à se raréfier dans un monde qui court à la catastrophe climatique et environnementale.

Au Liban, nous dit le jeune homme dans des cartels instructifs, précis, la pénurie d’eau est liée à celle de l’essence et aux intermittences de l’électricité, qui en affectent le pompage et la distribution. L’impasse politique, la détresse économique du pays sont telles, en raison d’une corruption dévorante, de l’inflation, et, à Beyrouth, des explosions qui ont touché le port le 4 août 2020, qu’il est difficile aux populations les plus pauvres de s’approvisionner. Sur sa première image, une femme sans domicile fixe s’abreuve au goulot d’une toute petite bouteille. L’eau du robinet n’étant pas potable, le prix des bouteilles en plastique a été multiplié par huit en deux ans… Le Liban, pourtant, dispose d’importantes réserves, explique Lucien Migné, mais les forages sauvages dans les rivières souterraines entraînent une trop forte salinisation, sans parler de la pollution chimique des nappes phréatiques, et des déchets plastiques qui envahissent les cours d’eau.

Le photographe a pointé son objectif sur les livreurs de bidons, toute une économie s’étant organisée dans le réseau urbain autour de la pénurie. Il s’est aussi rendu dans les campagnes : l’approvisionnement est encore plus difficile dans les régions plus reculées. Sur l’un des clichés, un homme se penche sur un réservoir, pour donner à boire à son troupeau de chèvres, tandis qu’autour, la terre est bien sèche. Le chaos climatique n’arrange pas la situation, bien sûr, mais ce que pointe l’exposition, c’est surtout l’incompétence des pouvoirs publics, quand ce n’est pas leur malhonnêteté foncière. De nombreux lacs artificiels, des barrages étaient censés résoudre l’approvisionnement ; mais depuis des années, les infrastructures sont en mauvais état, les chantiers interrompus. Le tirage numérique, avec sa précision et sa tendance à « artificialiser » les prises de vue, renforce l’aspect brutal de ces images.

Par contraste, d’opulentes piscines font soudain sursauter le visiteur : ce sont celles des très riches Libanais, qui n’ont pas à mener une lutte quotidienne pour l’eau. Comme chez nous, elle coule à flots dans leurs demeures. On ne peut s’empêcher de frémir à cette injustice. Ni de se demander : jusqu’à quand, alors que partout sur la planète l’eau potable va se faire plus rare, pourra-t-on laisser les usages de luxe primer sur les usages de nécessité ?

GAËLLE CLOAREC
Mars 2022

La pénurie d’eau au Liban
jusqu’au 21 mars
L’Hydre aux mille têtes, Marseille

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