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Vu par Zibeline

Aimi Kobayashi enchante La Roque d’Anthéron

La petite fée de La Roque

Aimi Kobayashi enchante La Roque d’Anthéron - Zibeline

On l’avait remarquée en 2015, sa technique parfaite, son phrasé, sa fraîcheur. Aimi Kobayashi, la « fée bleue » de la 35ème édition du Festival international de piano de la Roque d’Anthéron, revenait avec un programme qui avait l’air bien sombre et grave pour une si jeune interprète (née en septembre 1995). Mais en quelques années, l’artiste a mûri son propos, tout en conservant ses qualités de jeu. La virtuosité d’exécution se double dorénavant d’une fine intelligence des textes. La Sonate n° 2 en si bémol mineur opus 35, « Funèbre », de Chopin, offrait ses contrastes entre mouvements tumultueux et douceur, emportements et calmes interludes. L’ombre qui plane sait ne pas s’abîmer dans les gouffres du désespoir, s’éclaire de lumineux éclats et la vie semble se confondre avec le tourbillon final d’une émouvante clarté. Avec deux larges extraits du deuxième recueil des Années de Pèlerinage de Liszt, consacré à l’Italie, Aimi Kobayashi arpente aussi les territoires des poètes : les Trois sonnets de Pétrarque déclinent la richesse pailletée de leur ligne mélodique, se fondent en une atmosphère contemplative et poétique… écho des amours passionnées de Liszt  et de Marie D’Agoult ; puis, la forme de l’improvisation (déterminée par le sous-titre Fantasia quasi Sonata) domine dans la pièce Après une lecture de Dante. Les tourments des damnés et la tragique histoire de Francesca da Rimini y sont décrits avec une fougue exubérante teintée d’une sombre gravité. Les mains de la pianiste arpentent le clavier avec une impétuosité qui rend compte de la violence exacerbée des émotions mises en scène dans La Divine Comédie. La soliste interprète au sens fort du terme ces grandes partitions romantiques. En bis, elle proposait la délicatesse du Rêve d’amour n°3 de Liszt et, l’acrobatique Polonaise en la bémol opus 53, (Polonaise Héroïque) de Chopin, donnant à entendre encore sa capacité à aborder les œuvres les plus difficiles du répertoire en une palette qui s’approprie tous les registres avec une profonde sensibilité.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2018

Concert donné le 12 août (18h) au parc du Château de Florans, dans le cadre du Festival international de piano de La Roque d’Anthéron.

Photographie © Christophe Grémiot