Collection Catherine Gide à la Villa Théo

La peinture en héritageVu par Zibeline

• 27 juillet 2020⇒26 septembre 2020 •
Collection Catherine Gide à la Villa Théo - Zibeline

Il fut une époque où Le Lavandou concentra un grand nombre d’artistes et d’hommes de lettres trouvant au bord de la Méditerranée une villégiature à leur goût. Théo Van Rysselberghe (1862-1926) et André Gide (1869-1951) furent de ceux-là, comme en témoigne l’ancienne maison-atelier du peintre Belge transformée depuis 2017 en centre d’art.

La Villa Théo, la bien-nommée, expose actuellement un ensemble d’œuvres issues de la Collection Catherine Gide1 avant d’être dispersées aux enchères. Les liens d’amitié entre Théo Van Rysselberghe et André Gide ouvrirent au prix Nobel de littérature 1947 les portes des salons, des galeries et des ateliers, le conduisant à devenir lui-même un précieux mécène pour des artistes désargentés tel Walter Sickert soutenu par le poète Francis Jammes… L’auteur s’est ainsi constitué une collection en phase avec son temps, parmi laquelle quelques précieux inédits mis au jour par la Villa Théo : à l’abri d’une vitrine seyante sont assemblés, entre autres, une miniature de Maurice Denis (étude pour Paysannes de Monte-Cassino de 1903), une esquisse des Baigneuses de Camille Pissarro, une statuette de Maillol (Nu assis) et un attendrissant Petit blessé d’un illustre inconnu, Georges Minne. Présentés à la manière d’un cabinet d’art graphique du XIXe siècle, un choix de lavis, fusains et dessins au crayon de Théo Van Rysselberghe et Henri Edmond Cross forment un bel ensemble de portraits et de paysages. Dans la salle principale, deux peintures de Marie Laurencin (Femme et biche sous le regard d’Apollinaire et Jeune fille à la guitare) jouent au coude à coude avec deux nus aquarellés de Félix Vallotton… tandis qu’une série de portraits rendent hommage à Catherine Gide à différentes périodes.

Si la collection semble un peu « datée », elle trouve son entière légitimité dans ce qui fut la dernière demeure de Théo Van Rysselberghe, et l’exposition, appréhendée dans son contexte historique, reflète parfaitement la quête d’André Gide d’un certain classicisme à une époque, celle du début du XXe siècle, « qui [tentait] de retrouver ses aspirations humaines et artistiques après avoir connu les horreurs de la Grande Guerre et qui ne [savait] pas encore qu’un autre conflit mondial [anéantirait] bientôt définitivement les idéaux  libertaires du siècle passé ». Faire fi de l’Histoire, ici, reviendrait à passer à côté de l’esprit de cette tribu artistique et littéraire guidée par l’amitié et l’amour de la peinture.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2020

1Petite-fille d’André Gide, l’écrivaine était la dépositaire de la collection (1923-2013)

La collection Catherine Gide

Jusqu’au 26 septembre
Villa Théo, Le Lavandou
09 63 51 32 28
villa-theo.fr
fondation-catherine-gide.org

Photographie : collection  Catherine Gide © Raphaël Dupouy