Exposition Jaap Gardenier au Musée de Salagon

La peinture en art de vivreVu par Zibeline

• 6 avril 2019⇒30 novembre 2019 •
Exposition Jaap Gardenier au Musée de Salagon  - Zibeline

Le peintre hollandais Jaap Gardenier avait choisi la Haute Provence pour y vivre et y travailler. Le Musée de Salagon lui rend hommage à travers une superbe exposition

« Je peux vivre sans femme, mais je ne peux pas vivre sans la peinture. Crois-tu pouvoir l’accepter ? », déclara Jaap Gardenier à celle qui allait devenir son épouse, Danielle Mérope-Gardenier. Cette dernière, depuis le décès de son époux s’emploie à obtenir une reconnaissance de son œuvre, par des donations à des institutions publiques. Elle a conçu avec Isabelle dal-Canto, directrice des Musées de Salagon et commissaire de l’exposition, un parcours qui rend compte par un florilège d’œuvres choisies après moult discussions et déchirements parmi les centaines produites par ce peintre inlassable… « une lente distillation », sourit Isabelle dal-Canto. Mises en valeur sous les voûtes de l’église du cloître, ces pièces retracent en cinq séries, New York, L’abattoir, les Halles de Paris, Amsterdam, Lumières du Nord, l’originalité de la démarche du peintre, ses recherches, son recours à diverses techniques, (lavis, encre de Chine…), les détournant parfois de leur usage traditionnel, empâtant l’aquarelle, allégeant la peinture à l’huile en la traitant comme une aquarelle. « Il s’agissait de montrer l’élaboration de l’œuvre à partir des dessins, des esquisses, faire jaillir la compréhension de l’œuvre par la multiplication des proposition. » L’artiste, après des études d’histoire de l’art, (il renoncera à rédiger sa thèse afin de se consacrer totalement à la peinture) se lance à corps perdu dans la peinture et le dessin, se forgeant ses propres techniques et son vocabulaire. Grand coloriste, il mène une réflexion sur les couleurs, leurs combinaisons, compose une « charte des couleurs » dans son atelier, tente rapprochements, superpositions, interroge leurs rapports entre elles, certaines s’éteignent, d’autres chantent… « Il savait faire chanter les couleurs, à l’instar d’un Bonnard ou d’un Matisse, et décliner toutes les nuances. Il s’est nourri aussi des théories de Van Gogh, la maison de vacances familiale se situe d’ailleurs au bord d’un petit lac, à Nuenen, le village où Van Gogh a peint ses Mangeurs de pommes de terre… », raconte son épouse. Il a toujours cherché par lui-même sa propre voie, poussé par la nécessité impérieuse de peindre. L’un de ses textes phare était la fameuse lettre de Rilke à un jeune poète, lui enjoignant de ne persévérer dans le travail de l’écriture que si elle lui était sa raison de vivre. « Jaap a vécu pour sa peinture, c’était sa respiration ».

Un émerveillement jusqu’à l’épure

Avec son « regard d’entomologiste », explique la conservatrice, Jaap Gardenier calligraphie l’espace, lui laisse son épaisseur mystérieuse, l’orchestre entre lignes et masses de couleurs, superpose les temps, celui météorologique et celui qui passe, réinsuffle de la vie en passant par une reconstruction mentale. Lorsqu’il va à l’épure, c’est par l’essentiel, jamais par une simplification. Le mouvement est capté jusque dans la vibration des tableaux de la série d’Amsterdam, la couleur devient une épure de la réalité dans les paysages nordiques. On se laisse transporter par le vert new-yorkais des toiles structurées par les lignes de photographies prises à Harlem, puis subjuguer par la fascination exercée sur le peintre par les halles, le ballet des bouchers, la palette extraordinaire des chairs, dont chaque nuance rend l’émerveillement devant la mécanique biologique, même si elle est sans pitié… La gageure est de rendre la beauté avec les sujets les plus terribles. Le corps d’une bête abattue (Abattoir 1) rend compte d’une réalité matérielle et laisse entrevoir peut-être une transcendance… La magie opère au cœur de cette œuvre puissante, profonde et envoûtante.

MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2019

Catalogue de l’exposition (remarquable par ses reproductions et ses commentaires), 20 €

jusqu’au 30 septembre  exposition prolongée jusqu’au 30 novembre 2019
Salagon, Mane
04 92 75 70 50 musee-de-salagon.com

Musée Départemental Ethnologique de Haute-Provence
Prieuré de Salagon
04300 Mane
04 92 75 70 58
http://www.musee-de-salagon.com/

 

Musée Départemental Ethnologique de Haute-Provence
Prieuré de Salagon
04300 Mane
04 92 75 70 58
http://www.musee-de-salagon.com/